Simon Lebris : ce Brésil 2014 est-il la négation du football ?
Hervé Thomas : Nous les amoureux du foot, les enfants du Miroir et de François Thébaud, il nous arrivait de défendre une équipe du Brésil même moyenne mais qui nous apportait du plaisir à travers quelques actions géniales.

Aujourd’hui, rien de tout cela, que du néant !

J’ai crié comme si j’étais un supporter du Chili quand le ballon est venu s’écraser sur la transversale du but brésilien à quelques secondes de la fin du temps réglementaire.

Il n’y a pas réellement de négation du football quand il y a cohérence dans un choix de jeu, y compris le béton.

Ce Brésil 2014 n’a aucune cohérence dans son jeu parce qu’il n’y a pas de jeu ! Donc oui, nous pouvons parler de négation du football.
Simon Lebris : il faudrait pouvoir expliquer ce suicide, aux origines socio-religio-médiatico-politico-sportives inextricablement liées. Des joueurs réputés qui n’ont même plus confiance dans leur talent (Thiago Silva), qui promènent leur inutilité à longueur de match (Oscar) ou qui se voient transplantés de façon aberrante (Hulk arrière gauche, fallait oser !), aucune imagination ni créativité, un jeu long comme on n’en trouve même plus dans les équipes de 1ère division de district, l’équipe du Brésil est non seulement horrible à voir mais c’est un crève-cœur émotionnel sans précédent.

La responsabilité de Scolari est énorme : il mise sur le seul Neymar – à la fois crack et support publicitaire indispensable ! – comme Prandelli, de son propre aveu, a misé sur le seul Balotelli.

La même équipe a remporté il y a un an la Coupe des Confédérations avec pour le coup un jeu cohérent basé sur la puissance et le pressing.

Il faut croire que la pression sur les joueurs est gigantesque mais les voir l’évacuer dans un recours à Dieu symptomatique et systématique fait craindre que leur niveau de réflexion sur le jeu ne soit pas à la hauteur.

J’ai connu des époques où l’entraîneur de la Seleção se faisait tailler pour bien moins que ça…

Malheureusement, on n’a pas d’écho ici de critiques venues de la part de Brésiliens eux-mêmes : ils ont conscience que leur équipe « n’est pas très bonne » et prient pour qu’elle gagne…
Hervé Thomas : Le silence de la presse, même ici, s’explique parce qu’elle a intérêt, tout comme la Fifa et le pouvoir politique, à ce que le Brésil aille le plus loin possible.

Si le Brésil