L’élimination du PSG face au Real Madrid peut livrer à des constats rapides  : que Verratti n’est pas encore au niveau (1), que l’argent n’achète pas tout. Des vite-dits derrière lesquels la vraie défaite du PSG se dessine sur le terrain de l’image.
D’abord, observons à nouveau l’ambiguïté du football contemporain, que la LDC illustre à merveille. D’un côté, elle est de fait une ligue fermée (2), qui met en scène année après année les mêmes clubs et les mêmes oppositions. De l’autre, ses modalités permettent encore des parcours-surprises, tels que la présence de l’AS Rome en quart de finale cette année (en se qualifiant face à MU, Séville ne profite du tirage au sort qu’à la faveur des faiblesses mancuniennes). Cela pose le décor  : c’est bien dans un gotha qu’un nouvel investisseur du football doit faire sa place.
Dans le genre crier aux loups  :  «  l’argent n’achète pas tout  ». C’est la morale que nombreux ont voulu retenir de l’élimination du PSG. «  Ah  ! Paris, 220 millions sur Neymar, presque autant pour MBappé, et voilà le résultat  : ils sont battus par le Real. Un club, un vrai, un collectif  ». On nous dirait presque  : un petit poucet  ! On oppose sa richesse à Paris, qui n’est pourtant pas encore celle de ses rivaux  : le Réal est beaucoup plus riche que Paris, qui est toujours en phase d’investissement pour se hisser dans l’oligopole des clubs installés en LDC. Cette morale infondée défend des idées d’un autre ordre. Les concurrents européens de Paris répliquent le refrain entonné pour le transfert de Neymar. L’arrivée d’un nouveau concurrent soulève une réaction protectionniste. Sur la scène plus française et moins footballistique, j’entends une musique politique et culturelle et l’écho par exemple de phrases célèbres de François Hollande qui identifiait l’ennemi de la finance ou disait ne pas aimer les riches, dont on a vu ensuite le peu de prise sur le réel par lequel cela se traduisait ensuite.
Si, quand Paris perd  : l’argent n’achète pas tout, il est également dit à Paris quand il gagne, «   c’est grâce à son argent  ». Voilà la vraie défaite du PSG. Elle ne s’est pas tant jouée sur le terrain face au Real qu’autour. Ses têtes d’affiche sont infantiles et son projet sportif se résume à des euros. Au vu des objectifs de ses propriétaires, engagés dans une logique de soft power diplomatique plus que dans l’amour du football ou de ses émoluments, c’est un problème central. Comment positionner Paris comme un acteur aimable et aimé du football et du sport  ? En faire une institution reconnue pour des valeurs positives que conforteraient les événements du quotidien, que le club soit battu ou qu’il gagne  ?
A coup sûr, les prochains mois du PSG pourront se lire à travers cette grille. D’ailleurs, le Président s’est empressé d’aller faire du judo avec des enfants au Brésil. Le club est engagé dans une bataille de l’image qui se gagne dans le temps long et à la faveur des fabuleuses histoires du sport. Les épreuves françaises manquent de concurrence pour donner du lustre au palmarès domestique (la Coupe de France cette année est édifiante en la matière  (3)! Cela renforce l’obligation de passer les tours en LDC, de gagner des matchs au cordeau, face aux cadors européens. D’associer l’image du club à des figures et des histoires sportives qui véhiculent les «  soi-disant  » valeurs du sport.
Paris doit donc prier pour que les projets de l’OL, de l’OM et de l’ASM se confortent vers l’excellence, ce en quoi BeIn Sport et les droits télé sont peut-être un levier  ! On pourra également se rappeler de Léonardo, qui n’aura pas eu de successeur. S’il pouvait agacer, il «  puait  » le football. Ce n’était pas la moindre de ses qualités pour placer Paris sur la carte.

(1) La rédaction du Miroir considère le jugement de Pierre comme injuste  : l’Italien nous paraît l’ un des meilleurs joueurs du monde à son poste.
(2) Sur les vingt dernières années, 20 clubs différents ont accédé aux demi-finales, dont une bonne moitié deux fois au moins, pour 160 places disponibles (8 quarts-de-finalistes par an pendant 20 ans).
(2) PSG – Les Herbiers, possible finale de la Coupe de France  : faut-il trouver ça magnifique, ou ridicule  ?