Bonjour François,
je viens te donner quelques nouvelles d’ici-bas où, comme le dit la chanson de Jacques Brel   «  le diable, ça va  !  ».
Le PSG vient d’être éliminé sans gloire et piteusement de la Ligue des champions par le Réal malgré l’achat de joueurs en centaines de millions d’euros. Comme le disait Maurice Ragonneau (1),  «   on n’achète pas une équipe  »,  «  une équipe n’est pas un  ensemble de grands joueurs  ». L’équilibre réside entre les obscurs, les talentueux, les créateurs, les géniaux. Une équipe se bâtit dans le temps en installant des automatismes entre les joueurs, des habitudes de jouer ensemble au fil des matchs, une complicité, un plaisir   de créer.

Le monde du football a perdu la tête. Un joueur commence un championnat dans une équipe et le termine dans une autre. 5 arbitres sur les terrains de coupe d’Europe pour voir des outrages, des fautes d’arbitrages et j’en passe.
Je ne sais quelle serait ta position mais je pense que toi et toute ton équipe aviez senti le vent venir, à travers la pub sur les maillots, les concours de pronostics. La corruption bat son plein avec le scandale de la FIFA et tout ce que l’on ne sait pas sur la malversation, les matchs achetés, la Coupe du monde donné au Qatar.

Platini était un grand joueur mais d’un conservatisme outrancier en n’installant pas la vidéo qui aurait réduit la violence sur les terrains, les fautes d’arbitrage.

Avec quelques amis, nous sommes révoltés par l’état du football actuel. Uniformité des tactiques, arrogance des stars, mépris du public avec des prix de places exorbitants.
Ton style, tes critiques, tes remarques, ta clairvoyance nous manquent. Toi qui faisais l’éloge de Pelé, Puskas, la grande équipe de Hongrie, celle du Brésil, tout ce que le football a fait de génie, tu tomberais à genoux devant la médiocrité technique des matchs.
L’ennui ressenti est immense. Dans les années 70, en revenant du parc, mon ami et moi parlions des heures du match vu. C’était la passion.
Maintenant même les journalistes se sont mis au goût du jour. On ne parle plus de technique du joueur, de tactique d’équipe, on parle de transfert, de millions, du parcours multiple des joueurs dans les clubs.

«   Il n’y a plus d’esprit club  ». C’est la phrase que m’a dite récemment un observateur du stade de Reims. Maintenant tout se monnaie  : «  les joueurs ne pensent qu’à l’argent  ». On vit dans un monde où tout se rétrécit, devient opaque, mensonger. Lors des interviews, les joueurs disent qu’ils sont en  “ accord avec le projet du club  ».

Le football amateur, vivier du foot professionnel, est mis de côté comme toujours. Plus de reportage  : «   ça ne paie pas  ». A l’époque, Maurice disait que dans  ONZE, « il n’y avait que de la couleur et des photos  », aucune analyse de faite. Encore faudrait-il que les matches plaisent pour en faire une analyse, ou qu’ il y ait quelque chose  à en dire  !

Les consignes de l’entraîneur, les rivalités sur les postes créées par l’urgence du résultat et de   la performance  (doublement ou triplement des postes dans certains clubs) tuent toute progression. Ben Arfa est sur la touche mais encaisse le chèque donc la ferme.

Voilà, il   y a   de quoi désespérer malgré l’engouement hystérique de certains journalistes pour les matches. Il faut mettre de la tension, de la pression là où il ne se passe rien sur le rectangle vert.
Voilà, c’est pas terrible comme nouvelles, mais tu t‘en doutais bien. Avec certains, nous regrettons ce que nous avons connu et nous nous demandons si les jeunes d’aujourd’hui, formatés dans les clubs par des” éducateurs”, ont toujours cet immense plaisir d’aller aux entraînements. Mon fils, à l’âge de 10 ans, commençait par 8 tours de terrain quand Maurice nous faisait faire des 6/6 le jeudi soir, où les une/deux, les passes étaient les priorités.

J’ai su par Jaïr que tu aimais le tennis. Tu étais passé de la grande balle ronde en cuir à la petite balle jaune. Le rectangle s’était réduit et je te comprends.

J’espère que là où tu es, ton âme est paisible. Ici les fumigènes et les discours uniformes  nous empoisonnent la tête et l’esprit. Qu’allons-nous   devenir sans le PSG ? Rien  ? Ou avoir un peu plus de liberté pour circuler Porte de St Cloud…
Toute mon amitié ronde,
Jean-Michel Sol

(1)    Maurice Ragonneau était dans les années 60 et 70 l’entraîneur de l’Espoir Football club, où jouaient J-Michel Sol et des journalistes du «  Miroir du football  ». Il collaborait au magazine, où il présentait des rubriques pédagogiques dans l’esprit du journal.
Le magazine «  Onze  » était en effet un journal très conformiste et superficiel.
«  Jaïr  » était le surnom «  brésilien  » donné à un joueur de l’équipe «  Espoirs  », François-René Simon, aujourd’hui membre de l’Association des amis de François Thébaud.