Le doigt dans l’oeil
Le 3 août, nous titrions ici-même  : «  Les promesses de l’aube  », en évoquant l’arrivée de nouveaux entraîneurs ambitieux enclins à dynamiser un championnat globalement médiocre, agrémenté l’an passé par les prouesses de Monaco et de Nice. On est obligés de dire qu’on s’est trompés. Notre excès d’optimisme était intempestif, on s’est mis le doigt dans l’œil et pas qu’un peu. Marcelo Bielsa a été viré comme un malpropre après 4 mois d’exercice pénibles à Lille. On aurait aimé qu’il eût un peu plus de temps. A Saint-Etienne, Oscar Garcia, école Barça, a tenu 15 jours de moins. Il s’ennuyait tant qu’il est parti sans demander d’indemnités. Avec les joueurs qu’il avait à sa disposition, il ne pouvait pas s’en sortir. L’anecdote retiendra que ces joueurs lui en voulaient parce qu’il essayait de les initier à l’exercice du «  toro  ». Faire plus de deux passes était impossible. A Rennes, on ne sait toujours pas pourquoi Gourcuff a été prié de faire ses valises. Son remplaçant Lamouchi est un adepte forcené d’un jeu ultra-défensif  : les défenseurs jouent au milieu de terrain, les milieux en attaque. Lamouchi avait échoué piteusement comme sélectionneur de la Côte d’Ivoire, pourquoi a-t-il été choisi à Rennes  ? Monaco et Nice ont respecté l’adage qui veut qu’il est difficile de survivre à une année exceptionnelle. Les deux équipes ont perdu de leur superbe même si elles tiennent encore la route. Aujourd’hui, aux promesses de l’aube s’est substituée la trahison du jeu.
Paris seul au monde
Le spectacle est assuré par le seul PSG. Dans leur bon jour, les Parisiens développent un football très enlevé techniquement. Ils peuvent regarder les yeux dans les yeux leur futur adversaire en Ligue des Champions, le Real. Avec un recrutement aussi conséquent et onéreux de 400 millions d’Euros, ne pas survoler la Ligue 1 eût été une anomalie. On se rend compte de la démesure quand on sait que lorsqu’il n’y a pas de blessés, des joueurs aussi remarquables que Di Maria, Pastore ou Draxler font banquette.
Trois pour deux places
L’inconnu de ce championnat réside dans l’obtention des deux places d’honneur. De Lyon, Marseille ou Monaco, il y en aura un qui ne verra pas la Ligue des Champions la saison prochaine. Ces trois équipes ont étalé des forces et des faiblesses équitablement réparties. Lyon n’a pas eu une très grande maîtrise technique malgré Fékir et le jeune Aouar, un milieu de terrain surdoué dont on reparlera. Marseille est très combatif mais s’il a pu convaincre Luis Gustavo, une perle rare, il s’est trompé avec Mitroglu, un avant-centre inoffensif et hors de forme. Monaco a mis beaucoup de temps à digérer les départs de Mendy, Silva, M’Bappé et les grimaces de Lemar et Fabinho qui ne voulaient pas rester. Les choses semblent s’apaiser et les Monégasques pourraient retrouver un peu de leur panache.

Tout pour la défense  
Ce n’est pas la peine de tourner autour du pot avec des euphémismes  : voir un match qui ne met pas aux prises l’un des quatre sus nommés est un pensum. Pas systématiquement mais le plus souvent. Il faut être masochiste pour regarder des Nantes-Bordeaux, naguère affiches du championnat, aujourd’hui nanars retentissants. A l’exception de Nice – de temps à autre Troyes ou Dijon- toutes les équipes  ont une priorité  : ne pas prendre de buts. Huit joueurs au profil défensif sont chargés de faire déjouer un adversaire qui présente les mêmes caractéristiques. Les matches sont confus, le jeu décousu, le niveau technique d’une faiblesse abyssale. De peur d’être contré, on abuse de longs dégagements en espérant profiter d’une mauvaise relance pour jouer les «  seconds ballons  », arme des faibles incapables de ressortir en première intention. Quelques joueurs parviennent à rompre la médiocrité générale mais tenir 90 minutes en se demandant si un éclair va venir est fastidieux. On craint que le football français soit devenu un sport de combat devant tant d’engagement physique, de dépense d’énergie, de tacles illicites. L’atmosphère générée par ce style de football est délétère, toutes les décisions arbitrales sont discutées, les spectateurs sont excédés. Le 15 décembre, alors qu’il venait de concéder un troisième but valable contre Monaco (0-4), le gardien de Saint-Etienne Ruffier a été expulsé pour avoir bousculé le juge de touche et le président  Roland Romeyer, au bord de l’apoplexie, est venu comme pour faire le coup de poing avec l’arbitre. Les entraîneurs  l’en ont empêché. Dehors, baston entre supporters et force de l’ordre  : huit blessés. A force de faire signer des contrats (jusqu’à 35 parfois), les clubs sont à flux tendus et savent qu’une dégringolade en Ligue 2 auraient des conséquences plus graves qu’elles ne devraient. Alors, on hystérise les enjeux et on oublie de jouer au football, comme si ce n’était pas la meilleure façon de marquer des points. Parce qu’elle est rugueuse, acharnée, engagée, la compétition n’est pas facile. Pas facile mais laide. Et dire qu’il y a quatre mois, on entretenait de fiers espoirs. Mon œil, oui, on ne se fera plus avoir par un casting alléchant. Enfin, jusqu’à la prochaine fois…