Sarri, un phénomène

Aurelio De Laurentiis, président de Naples et producteur de cinéma, a dû revoir son casting. Plombé par des problèmes financiers, il a été contraint de se séparer des Argentins Lavezzi et Higuain, de l’Uruguayen Cavani. Mais il a eu un coup de génie  il y a 3 ans  : recruter un entraîneur inconnu, iconoclaste, une sorte de Bielsa italien avec survêtement élimé et grosses lunettes  : Maurizio Sarri, 57 ans aujourd’hui. Il arrive de nulle part, Sarri. Il était employé de banque, s’occupait d’équipes régionales le week-end. Comme il les faisait toutes monter d’échelon, l’Italie s’est penchée sur son cas. A 54 ans, il a démissionné de la banque et est devenu entraîneur à Empoli, en Série A. Ca se passa si bien que Naples le mit à l’essai, un essai si concluant que son président ne jure maintenant que par  lui  :  «  Guardiola pourrait se mettre à genoux qu’il ne le remplacera jamais  », a-t-il juré dans un entretien à «  l’Equipe  ».
Ce qui arrive à Naples est formidable  : 8 matches, 8 victoires, 27 buts marqués et souvent un spectacle ébouriffant. Nous avons vu 7 de ces 8 matches de championnat et on a parfois le souffle coupé devant l’expression collective, la maîtrise technique, l’intelligence tactique, l’art de la passe (760 en moyenne par match, autant que le Barça de la grande époque) que développe cette équipe inspirée, généreuse, offensive.
En début de saison, Nice avait été balayée par la virtuosité des Napolitains lors du barrage de la Champions League. La facilité avec laquelle ils mettent hors de position les défenses adverses laisse admiratif. A Naples, on ignore le mot «  box to box  », on ne sait même pas ce que ça veut dire, on joue un football «  à l’ancienne  », un football éternel où l’on récupère la balle le plus haut possible _ pressing et recul-frein si le premier rideau est passé _, où l’on construit avant d’accélérer et de trouver l’ouverture avec des circuits mille fois répétés à l’entraînement. Les joueurs se trouvent les yeux fermés et ont l’air d’y prendre un plaisir fou.
Au mois de mai dernier, à la fin du dernier exercice où ils avaient terminé troisièmes, les 11 titulaires s’étaient fait la promesse de ne pas changer de club à l’intersaison. On sait ce que valent ces promesses en football où l’on cède généralement à la première sirène venue. Lorsque les 3 coups ont retenti deux mois plus tard, les 11 ont tous répondu à l’appel. «  Lorsque tu joues un football pareil, tu n’as pas envie de partir  », avouera le défenseur français Koulibaly. C’est d’autant plus estimable que les salaires ne sont pas très élevés et que la masse salariale -72 millions d’Euros- est bien inférieure à celle de Lyon par exemple.
L’hommage d’Arigo Sacchi, ancien grand entraîneur du Milan A.C, vaut son pesant d’or  : «  Naples a un style qui procure de l’émotion et du plaisir. Les joueurs progressent en permanence. Avec Sarri, c’est le jeu collectif qui améliore les individualités, pas les individualités qui font grandir le jeu. Sarri est en train de cultiver tout le peuple italien qui devient amoureux de ce football  ». Guardiola est aussi sous le charme  :  «  Sarri est un phénomène, son football va marquer l’époque  ». On apprécie tant qu’on s’assignera à résidence pour les prochains matches de Naples.