Quand 2 et 2 ne font pas 4
Si être hors la loi, c’est se moquer de la loi, alors Paris est un délinquant. Il bafoue les règles du fair-play financier conçues par Michel Platini il y a sept ans pour éviter la bulle spéculative créée par des clubs financés par des États.
Dans l’œil du cyclone à l’époque, Manchester City et Abu Dhabi, rejoints par le Paris Saint-Germain et le Qatar.
500 millions environ pour Neymar et Mbappé : le club parisien pense que l’argent permet de vivre dans un monde à part, un monde sans limite, un monde où le sport n’est qu’un prétexte à asseoir une réputation ou une notoriété, un monde où la compétition sportive est faussée. « Nous travaillons jour et nuit pour rester dans la légalité » assure le président Al-Khelaifi. Travailler jour et nuit consiste à employer à grands frais les meilleurs avocats et les meilleurs juristes pour que 2 et 2 ne fassent plus 4 mais 3.
Pour présenter un bilan comptable équilibré le 30 juin prochain, le Qatar va faire jouer ses réseaux de lobbyistes appointés chargés de distiller la bonne parole. Alexandre Ceferin, successeur de Platini à la tête de l’UEFA , rétorque qu’il ne s’en laissera pas compter : « On ne fait pas de procès d’intention au PSG mais il devra montrer patte blanche au printemps sinon nous sévirons ». Ne pas sortir des clous, c’est, à 30 millions près, doser équitablement recettes et  dépenses. Les recettes du PSG seront de l’ordre de 650 millions, les dépenses de 900 millions, voire plus. Il y aura un trou qui devra être bouclé par les artefacts et les tours de passe-passe sophistiqués des élites -24 heures sur 24 au travail- chargées d’adoucir l’addition.
En tant que récidiviste – le PSG a été épinglé en 2014 et contraint de verser une amende de 60 millions d’Euros – il serait évincé des compétitions européennes de la saison 2018-2019. Financier de ces compétitions à travers BeIN Sport, le Qatar ne se dit-il pas que l’UEFA n’ira pas au bras de fer ?

Contestataires et groupies  
Les clubs espagnols, Real et Barça en tête, ruent dans les brancards en évoquant la concurrence déloyale qui transformerait le sport en un pur business vicié par des nababs assoiffés de gloire ou de pouvoir.
On ne prêtera pas attention à ces contestataires tellement peu vierges qu’ils ont recours à des amnisties fiscales de l’Etat espagnol pour maintenir leur suprématie. Ils se sont acheté une conduite parce qu’ils sont devenus des marques internationales et que leurs recettes de sponsoring et de merchandising sont considérables, ce qui n’est pas encore le cas du PSG.
On ne prêtera pas davantage attention aux médias français qui se comportent comme des groupies. On veut bien croire que la grandeur du PSG servira leurs intérêts mais un peu de lucidité et peut-être d’éthique ne serait pas un luxe. « L’Équipe » est quasiment devenu l’organe officiel du PSG, un vrai fan-club. Le club de la capitale agit comme si, invité à la réception à la Cour, il mangeait tout le gâteau au dessert. Repu, il va se frotter au petit peuple de la Ligue 1, affamé, à qui on fait croire qu’ils allaient profiter de la fameuse théorie du « ruissellement » chère aux ultralibéraux.
Il y a sans doute un peu de schizophrénie dans nos propos car, en passionné de football, le PSG a un immense pouvoir de séduction. Pour peu qu’il ne traite pas ses « petits » matches par-dessus la jambe, on se régalera sans penser que sa philosophie peut mettre le foot dans de sales draps. Ainsi vont la folie et la magie du football