Une foire aux bestiaux
On se croirait à une foire de campagne où jadis les maquignons surenchérissaient sur de belles bêtes. Là, c’est à coup de dizaines –voire de centaines- de millions d’Euros qu’on lance les enchères pour s’offrir les plus beaux spécimens de la planète foot, Neymar, Mbappé, Dembélé et autres prodiges. On est saoulés jusqu’à plus soif : toutes les chaînes de télévision diffusant du sport ont des émissions « spécial  mercato », l’ « Equipe » a titré sur 8 colonnes à la Une : « Mbappé au Real », « au PSG », « à Barcelone », à « Manchester City », de nouveau « au PSG ». Le quotidien sportif ne peut pas se tromper puisqu’aucun autre club ne peut se l’offrir. Parfois, il faut avoir les yeux bien accrochés pour lire l’éditorial de «  France Football » en date du 8 août : « Les démagogues qui jugent excessif le transfert de Neymar sont bas de plafond…Le pays pourra construire de belles choses avec les impôts payés par le Brésilien ». Faute de s’indigner, on sourit d’autant plus que la veille le parquet espagnol avait requis une amende de 10 millions d’Euros contre le néo-parisien pour fraude fiscale. C’est vrai que l’épatant Neymar, délicieux footballeur qui ne se prend pas pour un autre –son entourage s’en charge pour lui- va enrichir le football français et les endroits nocturnes à la mode de Paris mais la couverture médiatique de son transfert a été purement démentielle. Pour sûr que le Qatar n’aurait même pas rêvé à si folle exposition. L’UEFA a-t-elle demandé au PSG comment il allait faire pour équilibrer recettes et dépenses dans le cadre du fair-play financier ? Bof, quel intérêt de respecter la règle quand le juge somnole ? Ces questions de régulation n’empêchent pas de savourer les premiers pas de l’artiste.
Mbappé, Dembélé sur le banc
Les deux jeunes cracks français de Monaco et du Borassia Dortmund, M’Bappé et Dembélé, 18 et 20 ans, devraient être des jeunes gens heureux et insouciants. Ils sont jeunes, beaux, riches, dotés par la nature d’un talent surnaturel. Ils sont stressés et tristes, n’ont pas joué le week-end dernier. Mbappé était sur le banc, Dembélé chez lui. Ils ne sont pas contents de leur sort, veulent partir et font un bras de fer avec leur club. Jouer à Monaco ou au Borussia Dortmund doit être un calvaire insupportable, gagner 400.000 euros net par mois une misère (proposition faite par leur club). Ben Arfa, lui, aimerait bien jouer mais il a été déclaré persona non grata au PSG où il est devenu paria. Le monde du football étale sa cupidité et sa turpitude sous l’œil émerveillé des supporters, béats d’admiration devant des stars capricieuses qui les font rêver. « Panem et circensens », du pain et des jeux, disait-on bien avant que Neymar et consorts soient nés. On est servis jusqu’à l’overdose. L’étalage si ostentatoire de l’argent n’est plus une indélicatesse ni une vulgarité mais une vertu. Enfin, dans 15 jours, le mercato d’été sera bouclé, Mbappé et Dembélé, peut-être Ben Arfa rejoueront au football et c’est sur le terrain qu’on les préfère.
Le Qatar et Abu Dhabi en première ligne
Une solution paraît simple pour freiner ces outrances : clore les transferts  la veille du début des compétitions. Elle est trop simple, les présidents adorent jouer au Monopoly le plus longtemps possible. Le PSG du Qatar ne compte pas en rester à 260 millions d’achat. Il va être jaloux du Manchester City d’Abou Dhabi qui en a déjà claqué 350. Ainsi donc, le Qatar et Abou Dhabi, deux pays minuscules qui ne connaissaient peut-être même pas l’existence du football il y a 30 ans, régentent le marché du football. Leur richesse est telle qu’ils en oublient de rémunérer la main d’œuvre des puits de pétrole et des gisements de gaz. Avec le salaire de Neymar, on paie 21.000 salariés qui travaillent 12 heures par jour. On vit une époque formidable.