98, mère de tous les vices
Vous l’avez compris, il ne s’agit pas ici de parler de milieux offensifs, autrefois de purs numéros 10, aujourd’hui transformés le plus souvent en électrons libres. Il ne s’agit pas davantage de juger les étrangers qui jouent dans notre championnat puisque Verratti, Thiago Motta, Fabinho ou Moutinho sont des références. Non, il convient d’observer les joueurs français qui opèrent en 6 ou 8 et démontrent dans leur ensemble une insuffisance technique considérable.
98 fut malheureusement la mère de tous les vices. Parce que les Français ont été champions du monde avec en permanence trois milieux défensifs (Deschamps, Karembeu, Petit ou Boghossian), la Direction Technique Nationale a décrété que les milieux de terrain devaient être solides, efficaces, sobres, tacleurs, coureurs. Premiers créateurs? Bof, option facultative.
Et c’est ainsi que de Lille à Bastia en passant (en suivant l’ordre de classement) par Lyon, Bordeaux, Saint-Etienne, Guingamp, Nantes, Toulouse, Rennes, Angers, Metz, Montpellier, Caen, Dijon, Nancy, Lorient – soit un joli tour de France – prolifèrent des milieux qui se ressemblent tous, costauds, musclés, athlétiques mais sans beaucoup d’imagination pour le jeu de relance et de mise sur orbite.
Ce sont des briseurs d’attaque plus que des rampes de lancement. Il n’y a pas une juste répartition entre le devoir défensif trop dominateur sur la nécessité constructive. Lorsqu’une équipe vient de perdre un match, que martèle le plus souvent l’entraîneur? “Nous avons manqué d’impact et d’agressivité”. Neuf fois sur dix, son équipe a surtout pratiqué un jeu décousu et manqué de justesse technique. Dans les centres de formation, on cultive ce goût pour des adolescents matures physiquement de préférence à des gabarits moins étoffés mais qui respirent mieux le football.
Il y a pléthore d’athlètes quand il y a pénurie de footballeurs. Ce fut criant de vérité quand on a vu le dernier France-Espagne, où les Tricolores semblaient égarés devant un jeu qu’il ne comprenait pas. L’équipe nationale espagnole n’est que l’émanation de la culture développée par ses clubs, y compris les plus modestes. Au hasard, un match entre Las Palmas et Celta Vigo par exemple – milieux de tableau de la Liga – est un enchaînement d’actions où chacun essaie de déséquilibrer son adversaire par un jeu court fait de passes et de redoublements de passes. Ce n’est évidemment pas toujours réussi mais il y a un désir de posséder un fonds de jeu qui assure une certaine maîtrise technique. On ne forme pas de Sissoko, l’un des symboles de box to box français, en Espagne.
Nice, oasis dans le désert
Notre tour de France ne s’est pas arrêté à Monaco, ni à Paris, ni à Nice (il aurait pu s’arrêter à Marseille mais Sanson et surtout Lopez sont d’excellents footballeurs). Question d’argent, allez-vous dire ? Non, question de profil de joueurs. Nice a le douzième budget de Ligue 1 et son excellent milieu de terrain est composé de joueurs qui n’entraînent pas la ruine : Koziello a été formé au club, Seri et Cyprien ont coûté 1,5 million d’Euros de transfert. C’est un trio poids plume, très inspiré footballistiquement et pour qui la “légèreté” n’est pas un souci. Les Niçois ont, derrière le PSG, la meilleure défense de France (25 buts encaissés en 31 matches) et exhibent avec autorité que la récupération du ballon est une notion technique, tactique et collective qui n’a pas grand-chose à voir avec la puissance des biceps.

En France, Nice est une exception, un modèle sur lequel il faudrait peut-être se pencher un peu plus. En faisant l’inventaire des effectifs de la Ligue 1, le choix hormonal est privilégié à peu près partout. Car quels sont finalement les 6 et 8 qui ont une grande sensibilité au football? Gourcuff et Grenier mais ils ne sont pas au mieux de leur forme, plus modestement Plasil à Bordeaux ou Didot à Guingamp, proches de la retraite, le jeune nantais Harit à Nantes semble prometteur. Il reste Rabiot, Lopez, N’Zonzi, remarquable tour de contrôle à Séville sous-coté à notre avis, Pogba, qu’on a toujours un peu de mal à situer. On ne prétend pas avoir fait le tour, des joueurs peuvent nous échapper, mais pas beaucoup. Le 68 est en mode bug depuis 98. Ca commence à faire long. Reste-t-il un puriste dans la salle?