Pour quel type de jeu? 

La tradition française depuis 1998 veut que le numéro 6 soit avant tout un pur récupérateur, ce qui était le cas de Petit, Deschamps, Karembeu, Boghossian, autant de profils de joueurs conçus pour un jeu de contre-attaque. Les esprits n’ont pas beaucoup évolué, une sentinelle doit être un défenseur supplémentaire chargé de tacler et de faire le ménage.

Mais pour des équipes qui veulent attaquer en première intention, le numéro 6 doit être l’instigateur de la construction. L’Argentin Redondo, peut-être le plus racé il y a une vingtaine d’années, l’Italien Pirlo, l’Espagnol Busquets ont occupé ou occupent le poste avec une maestria enchanteresse. Ces trois cadors ont plusieurs points communs : ils ne courent pas vite, ne sautent pas haut, ne savent pas tacler (Busquets fait quelques obstructions depuis qu’il est moins en forme).
Ils ont par contre de concert un sens de l’anticipation, une intelligence tactique, une maîtrise de l’espace qui en font des footballeurs hors du commun. Le rôle essentiel consiste, à nos yeux, à passer d’une situation de jeu confuse près de ses buts à une situation beaucoup plus claire et fluide grâce à la lumière d’une première passe ou d’un dribble de dégagement (Verratti est un crack dans l’exercice).

Adrien Rabiot a toutes les qualités pour devenir un expert dans un registre qui demande beaucoup de lucidité, de clairvoyance et de sensibilité au jeu dans des équipes où les arrières latéraux sont très offensifs. Pour endiguer les contres, la science du placement et du positionnement est tout autant importante que l’alchimie de la relance. Parfois, une première passe surprenante peut être le déclencheur d’une très belle et profitable action de jeu.
Rabiot – même si son rayon d’action en fait un parfait relayeur – non seulement pourrait jouer sentinelle au PSG mais bien sûr en équipe de France. Ce n’est évidemment pas l’idée première de Didier Deschamps qui, dans sa fidélité au joueur qu’il fut, a beaucoup plus de sympathie pour les “box to box” que sont Matuidi ou Sissoko.

Le Parisien n’est pas le seul Français à nous taper dans l’oeil à ce poste particulier. Plus on le voit jouer et plus le joueur de Séville Steven N’Zonzi nous plaît. Dans une posture défensive – les latéraux jouent ailiers à Séville – il agit comme un sémaphore avec une inégalable dextérité. Il a toujours le geste juste et recherche la passe qui va déséquilibrer l’adversaire. On se demande comment un tel joueur a pu jouer cinq saisons en Angleterre à Blackburn et Stoke City, adeptes du kick and rush. On doute que lui aussi soit dans les petits papiers de Deschamps qui préfèrera écouter Casoni, l’entraîneur de Lorient qui disait dans “l’Equipe” du 23 décembre “Quand il y a une situation chaude près de la surface, j’aime bien qu’on dégage en touche”. On n’a pas toujours entendu ça à Lorient qui, s’il suit les conseils de son nouveau coach, n’est peut-être pas sorti de l’auberge. Rabiot et N’Zonzi ne plaisent sûrement pas à Casoni : ils ne dégagent jamais en touche…