De Metz à Bordeaux, traversée d’un désert

C’était la 21ème journée, ç’aurait pu être la 10 ème ou la 30 ème,   la musique ne change pas. Il y eut cinq buts, dont un remarquable de Yohann Gourcuff pour Rennes à Guingamp à la 46 ème minute. Ce fut le dernier de la soirée, les quatre autres ayant été marqués en première période. C’est très rare, l’habitude veut que les buts soient inscrits en fin de match quand la fatigue se fait sentir. D’ailleurs, il est assez fréquent qu’après 45 minutes, il y ait cinq 0-0 au compteur. Les commentateurs vivent un grand moment de solitude. Pierre, Paul ou Jacques en direct de Metz :

“Ecoutez, rien à signaler ici, je redonne la parole au studio”. Pierre, Paul ou Jacques à Bordeaux “Heureusement qu’il y eut ce but bordelais en début de match, la balle a du mal à sortir du périmètre d’un milieu de terrain encombré”. Pierre, Paul ou Jacques à Guingamp :”Depuis le but de Gourcuff, calme plat, les deux équipes semblent se satisfaire du match nul”. Petit détour à Dijon qui reçoit Lille :”Les deux équipes sont paralysés par le froid et n’arrivent pas à construire un mouvement cohérent”. Retour à Metz où Montpellier vit un calvaire : “Les Montpelliérains sont tétanisés, s’ils continuent comme ça, ils vont au devant de graves déconvenues”. Dans la semaine, l’impayable Loulou Nicollin n’avait pas pu s’empêcher de pourfendre son entraîneur Frédéric Hantz :”Si j’avais des sous, je l’aurais viré”. Bonjour l’ambiance!

Pauvreté technique 

Ce qui est choquant dans le panorama, c’est qu’il ne se passe rien nulle part. Où qu’on aille, c’est souvent la même image d’un football rudimentaire, décousu où l’on bafoue les règles de base techniques. L’architecture des équipes est éloquente : très souvent, sur les ailes de l’attaque, officient des défenseurs latéraux ou des milieux défensifs de formation qui arpentent leur côté avec vigueur et détermination mais qui n’ont pas un soupçon d’inspiration à l’approche du but adverse. Les numéros 6 se cantonnent dans leur camp, les latéraux ne montent que très parcimonieusement. Souvent, on livre un combat plus qu’on ne joue une partie de football. On comprend mieux qu’entre le troisième, le PSG, et le cinquième, Guingamp, il y ait 14 points d’écart. Les entraîneurs n’ont qu’une obsession : gagner les duels. Lorsqu’une équipe perd, ce n’est pas parce qu’elle a refusé de jouer, non, c’est parce qu’elle a manqué d’agressivité. La pauvreté d’arguments ne peut qu’engendrer la pauvreté du jeu. Il y a parfois des matches à zéro tir, zéro but où l’on s’en sort avec des explications qui valent zéro: “On a contrôlé le match, on a tenu le choc, il nous a juste manqué une petite étincelle”. En fait, il a manqué l’étincelle, la lumière, l’envie de marquer un but parce que la crainte d’en prendre un est supérieure, l’esprit, le désir, en bref il a manqué de tout. C’est vrai, il y a des samedis soir moins engoncés dans la médiocrité mais on les compte sur les doigts des mains, peut-être d’une seule d’ailleurs. On a beau faire des stades neufs, attirer des investisseurs, ça ne sert à rien si on ne change pas ses logiciels pour penser le football. Dans son édition du 20 janvier, “l’Equipe” a demandé à 21 anciens footballeurs étrangers ayant joué en France s’ils continuaient à regarder la Ligue 1. Le classement est détonant : alors qu’ils reconnaissent avoir conservé des liens avec la France, ils préfèrent à une large majorité se pencher sur les matches anglais, espagnols, allemands ou même italiens. Le championnat de France est boudé, on le comprend.

La preuve par Nice

Nice est l’exception et la preuve que l’on peut jouer un football très académique et marquer beaucoup de points. Qu’on ne parle surtout pas d’argent : avec 45 millions d’Euros de budget, les Niçois naviguent en milieu de tableau. Mais ils ont tout simplement décidé de jouer, s’en sont donné les moyens en ciblant des profils de footballeur et pas d’athlète, et leur entraîneur Lucien Favre les exhorte à ne penser qu’au jeu : “Je refuse qu’on rentre sur le terrain en se disant qu’on va jouer pour gagner, je veux qu’on commence la partie en se disant que si on joue très bien, on gagnera le match”. Lucien Favre est suisse, il n’est pas passé par Clairefontaine, le centre de formation technique des entraîneurs français où l’on fabrique des clones rigoristes et sans imagination. Et c’est ainsi que noirs sont les samedis du passionné moyen.