La lumière vient de Nice et de Monaco
Le transfert de la saison, toutes catégories confondues, a été réalisé par Nice. Il ne s’agit évidemment pas de Mario Balotelli, le très intermittent du spectacle, mais de Lucien Favre, remarquable technicien. Leaders à la trêve avec 44 points, total considérable, les Niçois font un parcours tonitruant où l’influence de l’entraîneur suisse est déterminante. Favre ne déroge jamais à ses principes : pour avoir des occasions de but, il faut tenir le ballon. La mise en place d’un jeu académique et efficace n’a pu se faire qu’à partir d’un collectif soudé où les lignes sont très resserrées. Avec des latéraux excellents techniquement, un milieu avec des gabarits de poche qui ont le souci permanent de construire, Nice (10ème budget) donne un récital au football français. Le voisin Monaco a déjà inscrit 56 buts, ce qui dénote un certain goût pour un football plus empanaché que l’an passé. Dans la mesure où Falcao n’est que l’ombre de l’avant-centre qu’il fut, la participation collective soutenue au jeu offensif ne passe pas inaperçue. Reste maintenant à savoir si le président Rybolovlev va résister durant le mercato aux sirènes anglaises, dont les offres pour acquérir les deux meneurs de jeu Thomas Lemar et Bernardo Silva vont être mirobolantes.

Emery détruit le PSG
Si on n’y va pas par quatre chemins, c’est parce qu’on ne saisit absolument rien à ce que veut l’Espagnol. On essaie de faire des efforts pour comprendre, on n’y arrive pas. Le premier venu qui dirait que Emery est en poste pour un projet de sabotage recevrait presque notre assentiment pour cette théorie d’un complot. Il possède avec Ben Arfa et Jésé deux vrais joueurs de débordement et il les met au placard pour faire jouer Matuidi ailier gauche. C’est une trouvaille qui mériterait d’être couronnée au concours Lépine. Il est valeureux, Matuidi, il sait faire beaucoup de choses défensivement mais il ne peut pas jouer attaquant. Quand vous êtes le Paris Saint-Germain, il est presque ridicule de recevoir au Parc des équipes relégables avec Thiago Motta, Krychowiak, Verratti et Matuidi titulaires. Le jeu de harcèlement, d’intensité physique, de percussion qui est le catéchisme d’Emery, à ce qu’on croit deviner, est un attentat à l’esprit du football quand on possède des techniciens aussi accomplis que Thiago Motta, Verratti, Pastore, Ben Arfa ou Rabiot, brevets d’artiste en bandoulière si mal exploités. Emery a fait quelque concessions, les joueurs aussi, le cocktail ne prend pas. Si le PSG n’était pas champion, il pourra dire merci à Emery et même le “remercier”.

Les satisfactions  
On aura vite fait le tour. Guingamp, bien sûr, grâce à son esprit de corps, sa détermination, fait un grand croche-pied aux tenants du foot-business qui n’aiment pas que les “modestes” viennent piétiner sur leurs plates-bandes. Dijon va tenter de sauver sa peau en pratiquant un football d’assez bonne qualité. Et puis encore? Pas grand-chose, sinon au rayon des individualités, où le casting est plus consistant avec de véritables révélations : le Marseillais Lopez, évidemment, le Nantais Harit, autre milieu prometteur, au même titre que le Niçois Cyprien ou l’attaquant monégasque Mbappé. Des confirmations aussi : les monégasques Lemar et Silva donc mais encore le Parisien Rabiot, le Niçois Seri, le Montpelliérain Boudebouz qui tient la boutique comme l’Argentin Trejo à Toulouse. Nice, pas avare en riches idées, ne regrette pas d’avoir rapatrié de Wolsburg l’expérimenté défenseur brésilien Dante, qui avait fait les beaux jours du Mans puis du Bayern dans sa jeunesse. Le panorama n’est pas exhaustif.

Les déceptions 
Elles sont malheureusement plus nombreuses. Beaucoup d’équipes pratiquent un jeu décousu, désordonné. Le niveau technique est globalement insuffisant, la recherche de l’affrontement physique prépondérant. En cause, le profil de joueurs qui n’ont ni la vista, ni la clairvoyance nécessaires pour sortir le jeu d’une trop grande confusion. Parce qu’ils ont quelques moyens et avaient annoncé une couleur plus vive, Bordeaux, Saint-Etienne ou Lille n’ont pas réussi grand-chose de glorieux. Rennes, s’il s’en sort bien sur un plan comptable, a beaucoup de peine techniquement. Christian Gourcuff ne dispose pas d’un effectif à la mesure de ses ambitions de jeu. Dommage! Beaucoup de joueurs ne sont pas non plus au rendez-vous : Di Maria est méconnaissable au PSG et rate à peu près tout ce qu’il veut, Fékir et Falcao ont la même circonstance très atténuante d’une opération des ligaments croisés, Menez à Bordeaux est d’une coupable inconstance, le buteur portugais de la finale de l’Euro, Eder, est porté disparu à Lille. On épargnera Ben Arfa, tête de turc d’Emery qui ne le fait jouer que des bribes de match.

Paradoxalement, après ce tableau guère enchanteur, la seconde partie de saison s’annonce assez excitante. Les pôles d’attraction, en sus de Nice, de Monaco et du PSG, pourront venir de Marseille où il y a un début de frémissement ou bien encore de Lyon qui a l’air de se refaire une santé avec le phénix Valbuena dont la volonté force le respect. En bas de tableau, une bonne demi-douzaine d’équipes vont lutter pour éviter une relégation toujours douloureuse. Rappelons-nous que l’an passé, au même stade de l’épreuve, le PSG était déjà champion et Ajaccio quasi condamné. On ne va pas chanter au renouveau mais par ce qu’il recèle de mystères et de promesses, on a quand même envie de voir le second acte.