30/11/2010 - Le Barça les a rendu fous par François Sorton
Christophe Dugarry est un avant-centre champion du monde de football, très belle distinction.
Mais il est aussi champion du monde de la grossièreté depuis lundi soir (30 novembre) lorsqu’il a déclaré après l’extraordinaire Barça-Real : « Je suis très déçu, ce fut un non-match ».
Toute l’équipe de Canal (à l’exception d’Omar Da Fonseca, un excellent avant-centre des années 80) était d’ailleurs comme tétanisée pour avoir pronostiqué une victoire du Real.
Tous ces gens-là ne voient-ils pas les matches depuis le début de la saison, ne se rendent-ils pas compte que le Barça est la meilleure équipe de club de tous les temps, sont-ils à ce point fascinés par José Mourinho qu’ils en oublient toute clairvoyance, n’ont-ils aucune sensibilité au football ?
Il faut dire et redire ce que le Miroir écrit depuis le printemps dernier : Mourinho est un usurpateur, un mystificateur, un mégalo, un acrobate sans filet, et, oui, une gangrène pour le football, devenu star suprême après un tour de passe-passe avec l’Inter de Milan la saison dernière où il a ressuscité Helenio Herrera…Ainsi, c’était donc ça la modernité, ce Mourinho si intelligent, si flamboyant, si « scientifique ».
Plutôt que de faire l’apologie du Barça (voir par ailleurs), magnifique, monumental, gigantesque, merveilleux (pardonnez-nous la profusion de clichés), commençons par faire le procès du Real Madrid, qui a beaucoup donné au football mais qui se trompe d’orientation. José Mourinho est une erreur de casting. Le président du Real, Diamantino Perez, est le roi du bling-bling, persuadé que la seule politique qui vaille est celle du carnet de chèques avec des zéros à l’infini. Il aime le clinquant, les défilés de mannequins.
Il a bâti sur de l’esbroufe avec José Mourinho en chef de clique, en marchand d’illusions. Les caméras de télévision ont montré un Perez totalement abattu, défait, décomposé.
« Son » Mourinho n’est pas un sorcier, n’a pas de recette magique, le roi était nu, dépouillé, humilié, si impuissant qu’il a renforcé sa défense pour ne pas avoir à subir un 6,7, 8 à 0. Le génie n’est évidemment pas celui qu’on croit. Pep Guardiola, plutôt sobre, pudique, mesuré, ne varie pas d’un iota depuis trois ans : jouons, jouons, jouons, telle est sa vulgate. Pep Guardiola et Vicente Del Bosque (sélectionneur de l’Espagne) sont deux immenses entraîneurs qui relèguent José Mourinho à sa place : celle d’un baroudeur vulgaire, d’un mercenaire assoiffé de gloire et d’argent. Ce fut un grand soir pour le football, celui où devant 700 millions de téléspectateurs, le Barça a laminé, désintégré la soi-disant « machine à gagner » Mourinho.
On ne doute pas une seconde que dans quelque temps, tous les Dugarry, Lizarazu et tous les amoureux transis de Mourinho soient capables de changer leur fusil d’épaule et d’éreinter Mourinho après l’avoir tant aimé. C’est même à ça qu’on reconnaît les opportunistes. Ce ne sera pas eux qui se seront trompés, non, ce sera Mourinho qui les aura abusés…
Osons-le, lundi soir, nous avons vaincu un récital inoubliable, émotions et frissons garantis, une joie, un bonheur de gosse qui fait qu’on ne peut jamais désespérer du jeu de football. Ce fut intense, violent. Ce fut exactement la même chose à l’envers sur le plateau de Canal mais nous préférons tellement nos raisons aux leurs. Canal Plus Sport a battu son record d’audience à l’occasion de ce clasico (de grâce, ne galvaudons pas ce terme en évoquant PSG - OM).
Les entraîneurs français ont donc été témoins de cette démonstration implacable : mieux on joue, plus on gagne. Obnubilés par Mourinho, ont-ils compris le message du Barça, l’équipe qui défend aussi le mieux au monde grâce à une intelligence collective diabolique ? Non, on craint, comme d’habitude, qu’ils n’aient rien pigé. On s’en fout, le foot a le Barça. C’est un trésor, une perle, une merveille, une promotion extraordinaire pour le jeu.
Oui, ce fut un très grand soir, où l’on s’endort avec des étoiles plein la tête, léger comme une arabesque de Xavi, Iniesta, Messi et toute une troupe étincelante qui a donné la migraine à Dugarry.
Prenez un cachet d’aspirine, Christophe, vous n’avez rien de grave, c’est juste le foot qui va mieux. .