15/07/2010 - Ah, si Messi était Espagnol …. ! Par Jean-Marc Guillou
Comme
d'habitude après chaque Mondial on regrette les erreurs
d'arbitrages. Depuis au moins dix ans, on dispose vraiment des moyens
de stopper cette hémorragie d'erreurs qui met à mal et
le jeu et les joueurs. Quand nos pseudos grands dirigeants vont-ils
se décider à revoir de fond en comble l'arbitrage
véritable plaie du football?
En tous cas, imaginer un instant pouvoir résoudre la question, avec l'un des éléments prépondérants de ce problème, c'est-à-dire l'arbitre, - en suivant l'idée de Michel Platini qui voudrait en ajouter un -, ne me paraît vraiment pas la solution. Le recours à la vidéo est la bonne solution mais, pas à petite dose : avec un véritable arbitre vidéo afin que l'on puisse juger sur ce qu'il a vu et qu’il soit lui dégagé de toute influence afin de lever toute suspicion.* Il en va de la crédibilité du football surtout sur des continents tels que l'Afrique ou l'Asie.
Cela étant écrit, l’Espagne championne 2010, de nombreux observateurs l’avaient pronostiqué. Mais certains, après les premiers matchs, avaient commencé à douter de cette équipe. Battue par les Suisses (0-1) et un peu à la peine dans les matches suivants à l’image de l’avant-centre Torres hors de forme mais surtout dont les qualités sont inadaptées au jeu plus subtil des milieux espagnols (Xavi, Iniesta, Fabregas, Busquets), elle a rencontré des difficultés qui lui auront peut-être été salutaires pour la suite du tournoi.
Que les meilleurs techniciens et que l’équipe ayant le milieu de terrain le plus fort triomphent en fin de compte, démontre, une fois de plus, que la ligne du milieu est vraiment le moteur du jeu en phase offensive. Ceux qui ignorent ce principe ne peuvent que s’en remettre à des attaques (ou contre-attaques) rapides à l’image de l’Allemagne ou compter un peu sur la chance pour réaliser un bon parcours.
Pour avoir oublié le jeu, beaucoup d’équipes ou de pays avec de fortes générations de joueurs de talent, ont quitté prématurément la compétition. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, du Brésil, de l’Argentine qui toutes les trois, avaient certainement les moyens de beaucoup mieux faire et de constituer de vrais adversaires de l’Espagne. Ajoutez-y l’équipe de France, certainement la plus décevante de toutes.
Le temps des regrets
* La Côte d’Ivoire, probablement le plus grand gâchis de talents. Avec encore une fois un groupe de joueurs sans équilibre et privé de véritables milieux de terrain. Que Sven Goran Ericksson ait renvoyé le constructeur Yapi Yapo et oublié de retenir d’autres bons milieux fut édifiant. Sans doute, le Suédois avait-il l’excuse d’avoir été parachuté pour seulement … « sauver l’honneur ». Il est vrai que l’honneur était bien en cause après la débâcle de la CAN 2010, en Angola, sous la direction de Vahid Halilhodzic. Le Bosniaque, à défaut d'autre chose, n’aura servi qu’à être l'ultime fusible d’un président de fédération qui, tout en en ayant bien profité depuis dix ans d’une belle situation de rente, aura tué à petit feu une super génération de joueurs et en même temps mené à la faillite le football ivoirien…
Rien d’étonnant que ce président – Jacques Anouma - veuille conserver un entraîneur qui aura réussi la gageure de composer sa meilleure équipe pour le dernier match (face à la Corée du Nord) qui n’avait plus d’enjeu.…! Tout au long de ses mandats, Anouma (en place depuis 2002) aura au moins fait dans la constance dans ses choix techniques : il n’aura collectionné que les mauvais.…
* Le Brésil de Dunga dont la philosophie avouée est de nier le jeu au profit de l’enjeu, comme si l’un pouvait se passer de l’autre, a cultivé l’illogisme. Cela lui a coûté fort cher. Le Brésil ne nous a jamais convaincu. Il a fini comme un vaincu … un peu con.
* L’Argentine de Diego Maradona : génial, Diego l’avait été sur le terrain, mais en dehors et en Afrique du Sud, il le fut beaucoup moins, voire pas du tout. Oublier le défenseur latéral Xavier Zanetti au bénéfice de Gabriel Heinze, c’est à la limite, une faute professionnelle. L’équipe argentine pouvait vraiment montrer, un autre visage. Dommage pour Lionel Messi, qui aura, même si il n’a marqué aucun but, démontré que son talent est intact. Chaque fois qu’il prenait le ballon, le football ressuscitait. Dommage qu’il n’ait pas trouvé au sein de son équipe le même répondant qu’au Barça. Ou bien dommage qu’il n’ait pas opté pour la nationalité espagnole, car l’Espagne serait alors partie pour se forger un glorieux palmarès.
- Enfin, la France qui aura fait la course avec plusieurs handicaps. Celui d’un entraîneur condamné, celui d'une équipe où il y avait au moins autant de faux bons joueurs que de vrais mauvais joueurs. Et qui ont passé le plus clair de leur temps à se contempler le nombril et avaient, en cas d'échec, avec leur entraîneur, le bouc émissaire idéal.
Le plus souvent, ce sont les bons joueurs qui font les bonnes équipes donc les bons entraîneurs et non l’inverse, et même si Domenech a trop souvent privilégié le côté travailleur au talent, il n’en demeure pas moins que ce n’était pas lui qui jouait.
À ce sujet, j’ai bien aimé la mine bonhomme de Vicente Del Bosque et sa discrétion. Ce tecnico me donne l’impression d’être l’anti - José Morinho, et en beaucoup plus fort.
Au final, le Mondial fut sauvé par le jeu de l’Espagne. L’Allemagne ou la Hollande 2010 n’ont été que les ombres de leurs aînées, finalistes en 1974… Il y a déjà 36 ans.
* Voir dans la rubrique IDEES, Jean-Marc Guillou, L’arbitrage vidéo, un vrai remède pour le jeu.