15/07/2010 - Incompétence de l’arbitrage dans le football? par Diomansi Bomboté
« Ne pouvant faire en
sorte que la justice soit forte, on a fait de sorte que la force soit
juste » ! Il semble que c’est cet aphorisme de
Blaise Pascal qui pourrait traduit le plus le mieux la conduite des
arbitres durant cette 19e édition de la Coupe du monde. C’est
en tout cas cet état d’esprit qui semble avoir caractérisé
l’attitude de toute la délégation hollandaise à
la Coupe du monde 2010. Tout au long des sept parties qu’ils ont
livrées durant ce mondial, la stratégie hollandaise a
essentiellement reposé sur cette volonté constante de
faire triompher l’argument de la force. Les joueurs comme leur
encadrement sont confondus dans la même perception à en
croire les fausses indignations du sélectionneur hollandais
qui a osé déclarer que son équipe a perdu du
fait d’un arbitrage injuste ! On est où là ?
A eux-seuls, les Hollandais ont poussé à leur paroxysme les limites de l’arbitrage. Ils ont permis de mettre à nu la fragilité du système d’arbitrage en vigueur qui, s’il n’est pas rapidement remis en cause, va inexorablement entraîner le déclin, voire la mort, du football. La tactique hollandaise est simple : la simulation outrancière (Robben notamment) et surtout ne jamais admettre le bien fondé de leurs grossières fautes et, en même temps, se livrer systématiquement sans pudeur à un harcèlement éhonté sur l’arbitre à l’occasion de chaque action litigieuse.
Mansuétude coupable
Le résultat se passe de commentaires : le chantage et la « torture » sur les arbitres ont fini par être payants. Tous les maîtres du jeu se sont ainsi laissé mentalement inhiber et fragiliser devant les agissements illicites des Hollandais. En appliquant à la lettre le règlement, c’était incontestablement la Hollande qui en aurait pâti et elle n’aurait jamais pu se retrouver en finale de la Coupe du monde 2010.
Soucieux de leur plan de carrière, aucun arbitre ne pouvait avoir l’outrecuidance de sévir en mettant en péril les intérêts hollandais (européens) au risque d’être victime de l’impérialisme (choix entre « impérialisme européocentriste » et « influence européocentriste » ?) européocentriste au sein de la FIFA. L’Angleterre s’est vu refuser un but valable ; mais c’était contre un autre pays européen, l’Allemagne. L’audace dans la violence et la mauvaise foi des Bataves ont fini par avoir raison sur l’esprit sportif et surtout sur l’orthodoxie des règles du jeu.
Malgré sa mansuétude
coupable, M. Howard Webb a quand même distribué 14
cartons : cinq aux Espagnols et le double, dont un rouge, aux
Hollandais !
Du jamais vu à ce stade de cette compétition. Il ne s’agit pas de vouer aux gémonies les seuls Hollandais, même s’ils ont montré un style de jeu pauvre soutenu par une conduite d’une brutalité inadmissible sur un terrain de football. Rares sont les formations qui ont été au dessus de tout soupçon. Mais chaque fois, c’est l’incurie de l’arbitrage qui a été mis en exergue, prenant la vedette sur le jeu lui-même.
Une confusion sans nom
Cette Coupe du monde a mis de façon flagrante à nu les sempiternelles erreurs d’arbitrage. Mais plus que cela, elle a permis de mettre en cause le principe même de l’arbitrage actuel. Et plutôt que de s’évertuer à faire du bricolage par des retouches superficielles des règles du jeu actuelles, la FIFA et l’International Board devraient courageusement réexaminer les fondements mêmes de ces règles et leur application.
La situation actuelle se caractérise par une confusion sans nom dans la mesure où, d’un match à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un arbitre à l’autre, l’application des règles laisse la porte ouverte à toutes sortes d’interprétations fantaisistes invraisemblables. La règle du hors-jeu, les fautes de main (bras collés ou décollés, fautes volontaires ou involontaires), les remises en jeu à partir de la touche, les dégagements au pied des gardiens de but, les accrochages dans la surface de réparation lors des coups de pied arrêtés et tant d’autres règles dont la compréhension et l’interprétation varie tant d’un juge à l’autre demandent d’être clarifiées une fois pour toutes. Devant la cacophonie actuelle, il faudra trancher : une faute est une faute. Toute tentative visant à apporter des exceptions ou des nuances ne sont que des sources de confusion.
De Zidane à De Jong
A la mi-temps de la finale 1974 entre l’Allemagne fédérale et les Pays Bas, Cruijff, énervé, écopa d’un carton jaune pour avoir frappé au loin le ballon au lieu de le lui remettre à l’arbitre central qui l’attendait dans le rond central. Lors de la finale 2010, Van Persie, continua ostensiblement à jouer le ballon après le coup de sifflet de l’arbitre suite à un hors jeu. Robben en fit autant et alla même jusqu’à mettre le ballon dans le but adverse. Aucun des deux ne fut sanctionné contrairement au règlement qui exige qu’un joueur ne doit pas poursuivre une action de jeu après le coup de sifflet de l’arbitre.
Peu de temps après, Xavi Hernandez s’étant rendu coupable d’un manquement semblable, eut droit à un carton jaune ! Le coup de tête de Zidane en 2006 serait-il moins grave que le coup de crampon délibéré de De Jong dans la poitrine de Xavi Alonso ? Deux poids, deux mesures ! Comme ce fut souvent le cas durant ce tournoi. La question lancinante qu’on est en droit de se poser est celle-ci : pourquoi est-ce surtout dans le football que les règles du jeu sont aussi approximatives ? Le mal de l’arbitrage est profond et interpelle la Fifa qui fait peser sur les arbitres des pressions liées à des considérations politico-économico-extra-football. À tout le moins, le choix des arbitres ne serait pas toujours étranger à de tels types de considérations.
Le refus de la vidéo
L’argument prétendu « humain » des erreurs d’arbitrage est d’une désuétude affligeante quand on voit par ailleurs comment le football essaie de tirer, parfois maladroitement, il est vrai, des évolutions technologiques, comme par exemple le terrain synthétique distribué par la Fifa à travers la planète; ou encore le ballon lui-même qui change à chaque édition en faisant appel aux dernières trouvailles de la science. A cet égard, la Fifa serait vraiment inspirée de ne pas changer de ballon deux ans avant et pendant la phase finale de la Coupe du monde !
Pourquoi cette suffisance et cette arrogance de la Fifa à s’obstiner dans le refus obsessionnel de recourir à la vidéo quand la plupart des sports majeurs (athlétisme, rugby, tennis, football américain…) y ont recours ? Pourquoi ne pas s’inspirer de bonnes pratiques en vigueur dans les autres sports comme par exemple l’expulsion temporaire si on veut éviter de fausser une partie à la suite de cartons rouges ?
Servir le foot
Certes dans la préparation des arbitres, il est important de mettre l’accent sur leur condition physique. Mais la connaissance de la pratique sur le terrain doit avoir la même exigence, sinon plus. Pourquoi ne pas organiser des compétitions réservées aux seuls arbitres dans chaque pays et à l’échelle internationale ? Pourquoi éliminer les arbitres qui commettent des erreurs puisqu’elles sont humaines ? Pourquoi alors avoir retenu l’arbitre qui n’a pas vu la main de Thierry Henri ? Pourquoi ne pas valoriser davantage la profession d’arbitre et ainsi inciter les anciens footballeurs à faire carrière dans l’arbitrage ? Au nom de quoi l’International Board est-il composé seulement de quatre Britanniques (un Gallois, un Ecossais, un Irlandais (du nord) et un Anglais, assistés de quatre agents de la FIFA ? Autant de questions qui resteront sans réponse car le gouvernement du football ne fait que se servir du football au lieu de le servir.