Lille, la marque Galtier par François Sorton

Il semblait aller de soi que l’absence de supporters dans les stades allait paralyser un championnat qui ne marchait déjà pas bien droit. Cette évidence fut vaine  : l’édition 2020-2021 ne fut pas franchement plus mauvaise que ses devancières, et pas seulement grâce au suspense entretenu.

Il s’est marqué 1049 buts, le meilleur total depuis 38 ans, comme si la présence du public était plus stressante que stimulante.

Yilmaz, quelle affaire  !
Christophe Galtier n’est pas notre entraîneur préféré. Il a beaucoup de points communs avec Didier Deschamps  : il est pragmatique, réaliste, efficace, des vertus qui ne s’adaptent pas forcément au football. Il a façonné, construit une équipe à son image  : structurée, volontaire, opiniâtre. Avec 83 points, Lille n’a pas volé son titre, ce n’est pas sa faute si le Paris Saint-Germain a été défaillant. Galtier a eu le nez creux d’adhérer au recrutement du redoutable buteur Burak Yilmaz. Le Turc aura 36 ans le mois prochain. Après avoir joué dans 10 clubs en Turquie, il s’est enfin exilé. S’il n’est pas très rapide, il possède une frappe de balle surpuissante, sent les bons coups, est adroit et roublard dans la surface, galvanise ses coéquipiers. C’est probablement le transfert le plus intelligent de cette saison puisqu’il était libre. Un gardien en état de grâce, Maignan, une défense centrale Fonte-Botman solide comme un roc, un milieu qui travaille beaucoup, Yilmaz à la finition et vous voilà champion de France. Si l’on regarde la bouteille à moitié pleine, c’est pas mal, à moitié vide, c’est insuffisant pour participer honorablement à la Ligue des Champions, une aubaine pour Monaco qui s’est rétabli après une entame déficiente. Le bizarre 3-4-2-1 avec bloc haut et pressing incessant mis en place par Niko Kovac a plutôt bien fonctionné. Le talent de Ben Yedder, Jovetic, Golovin, plus épisodiquement de Fabregas a fait le reste. Entre mars et avril, certains matches de Monaco ont été très accomplis.
L’arrogance parisienne
PSG a pensé qu’il suffisait de se présenter pour gagner. Coupable arrogance  ! Jouer les matches de Ligue 1 semblait parfois être un pensum pour un club qui a fait de la Ligue des Champions son terrain d’expression. Blessures, Covid ne sauraient expliquer le dédain posé sur une compétition qu’on ne peut pas gagner en la méprisant autant. Et faire reposer un projet de jeu sur deux joueurs, M’Bappé et Neymar, n’est pas sportivement audible. C’est sûrement un bienfait pour vendre des maillots et asseoir une notoriété mais abandonner l’essence collective du football pour individualiser le jeu à ce point peut vous conduire plus sûrement dans une impasse qu’à la conquête du Graal.
Lyon et Marseille, les déceptions
Lyon a un effectif formidable avec des techniciens de très grande qualité  : Guimaraes, Caqueret, Paqueta, Aouar, Depay, personne ne devrait pouvoir rivaliser - à part le PSG - mais les inconstances, les dysfonctionnements de cette équipe sont déroutants. A quatre reprises lors de cet exercice, les Lyonnais ont perdu des matches alors qu’ils menaient par deux buts d’écart. Subitement, sans explication plausible, leur jeu se délite, se désarticule, ils perdent totalement le fil du match. Cela fait trois ans que dure ce petit manège avec des mi-temps aussi inégales les unes que les autres. Génesio a été renvoyé pour n’avoir pas su corriger le tir, Garcia n’aura pas résisté davantage. C’est à se taper la tête contre les murs quand on sait les prouesses dont cette équipe est capable. Elle devra se contenter de la Ligue Europa à laquelle Marseille sera aussi convié. On souhaite beaucoup de plaisir à Jorge Sampaoli pour remettre un peu d’ordre dans un univers à peu près catastrophique et à l’avenir bien improbable. L’OM n’a plus un sou vaillant et très peu de joueurs dignes de son rang. «  Champions Project  », clamait son président le fantomatique McCourt. Sampaoli, émule de Bielsa, souhaite un jeu de mouvement incessant, de déséquilibre. Sauf si le Père Noël passe avant l’heure, on mesure l’ampleur du défi. Mais sait-on jamais, Marseille est bien le club des coups d’éclat.
Et quoi, encore  ?
Pas grand-chose, enfin peut-être une bonne surprise à attendre du côté de Nice, plombé en début de saison par son entraîneur, Patrick Vieira et plus ou moins remis sur les rails par un inconnu, le Roumain Adrien Ursea. Il y a de vrais footballeurs en devenir à Nice, ce qui n’est pas le cas partout. En ces temps de Covid et d’assignation à résidence, persiste ce désagréable sentiment que voir un match en Ligue 1 entre équipes de milieu de tableau est une punition alors que regarder le Betis Seville ou la Real Sociedad en Espagne, Wolsburg ou Francfort en Allemagne, la Lazio de Rome ou Sassuolo en Italie, Leeds ou Brighton est souvent un agréable passe-temps. On le regrette profondément mais s’infliger des matches entre Angers, Nîmes, Reims, Bordeaux, Strasbourg, Lorient, Metz, Dijon (longue liste même pas exhaustive) n’est qu’un bon moyen pour vous éloigner du football. Ce n’est quand même pas le but du jeu…