Chelsea-City  : la fougue défie la science par François Sorton

Chelsea-City  : la fougue défie la science par François Sorton
Il y a deux ans, c’était Liverpool-Tottenham (2-0), cette fois ce sera Chelsea et Manchester City qui s’affronteront en finale de la Ligue des Champions à Istanbul le 29 mais prochain, en clôture d’une édition qui ne restera pas dans les annales comme un grand cru. L’absence de public et une saison de stakhanovistes liée au Covid sont des circonstances atténuantes tout à fait recevables.

Guardiola, idéaliste pragmatique
Pour la première fois de son existence, Manchester City disputera une finale de la Ligue des Champions. Si le Paris Saint-Germain a fait illusion une mi-temps au Parc, il n’a pas pesé lourd face à une équipe de City pas totalement convaincante. On attend toujours beaucoup des équipes de Guardiola, grand idéaliste du jeu. Mais l’idéaliste pur et dur s’est mué en un idéaliste pragmatique. City n’est plus cette formation emballante qui attaquait à tout va. L’Espagnol prend maintenant des précautions là où il ne prenait que des risques. Les Mancuniens ont un bloc très compact beaucoup moins haut et concèdent très peu de buts. Guardiola avait établi que son équipe en concédait trop. Il a recruté un formidable défenseur central de 23 ans, Ruben Dias, transfuge de Benfica pour 67 millions d’Euros, aussi doué pour défendre que pour relancer et a demandé à ses milieux de redescendre plus bas. Alors, c’est vrai, City n’a plus son charme envoûtant mais il a un équilibre, une maîtrise technique incomparables. Les joueurs se trouvent les yeux fermés et le second but encaissé par le PSG mardi valait à lui seul le déplacement. Alors qu’ils ont sensiblement les mêmes moyens, les deux clubs n’ont pas la même méthode de fonctionnement  : City recrute de grands joueurs qui ont le profil «  guardiolesque  » et sont d’une valeur sensiblement égale quand le PSG affiche son goût des «  marques  » -Neymar, M’Bappé- tellement chères qu’il y a une disparité avec certains de leurs coéquipiers. Les Parisiens ont pris une leçon de football collectif et ont eu bien du mal à récupérer un ballon que les joueurs de City prennent un malin plaisir à monopoliser. On croit toujours qu’avec une équipe entraînée par Guardiola va réapparaître un fidèle sosie du Barça. N’est-on pas trop gourmand  ?

Tuchel, quelle aventure  !
Chelsea n’est pas un parangon de classicisme, ni d’académisme mais un modèle de dynamisme, d’enthousiasme, de fraîcheur, d’agressivité, de cohérence tactique. On ne peut évoquer Chelsea sans parler de la réussite insolente de Thomas Tuchel, l’ancien coach du PSG qui a reçu sa lettre de licenciement comme cadeau de Noël un 24 décembre maussade. A peine bouclé ses valises, il est arrivé à Chelsea en pleine déroute. Lampard, l’ancien capitaine juste retraité, étrennait ses galons d’entraîneur et eut bien du mal à mettre en place un jeu qui se voulait attractif mais qui s’est avéré inoffensif. Tuchel a fait une véritable révolution en prônant un 3-4-3 intransigeant dont la particularité est d’imposer à l’adversaire un pressing étouffant dont le Real Madrid n’a jamais su se défaire, balayé par le rythme endiablé des partenaires de Thiago Silva, qui a retrouvé un second souffle alors que Kanté a sensiblement amélioré sa technique de passe sans perdre de sa débordante activité. A deux ou trois reprises, Tuchel avait tenté sans succès le système à Paris, un système qui nécessite un rythme, une vigueur, une vitalité intraitables. La récupération du ballon et la projection à toute allure sont la marque de fabrique d’une formation qui joue le contre mais un contre intelligent. Il fallait être une madame Soleil en pleine forme pour penser à Noël que Tuchel disputerait la finale de la Ligue des Champions 2021. Qu’il la gagne ne serait même pas une énorme surprise tant les Londoniens semblent portés par une euphorie grandissante.