De l’identité lorientaise….

A l’occasion du coup de projecteur porté sur le F.C. Lorient (voir la rubrique Actualités), Loïc Bervas a rencontré l’entraîneur lorientais Christian Gourcuff.

Entretien…

Quelle « feuille de route » fixez-vous au F.C Lorient pour les trois années à venir?

Christian Gourcuff : d’abord pérenniser le club en utilisant les infrastructures nouvelles (le stade, le centre d’entraînement) et le crédibiliser en lui assurant une identité forte. La progression pour moi passait par là. L’absence de ces outils entraînait un déficit.
Le deuxième volet est la capacité de construire une équipe et de garder les joueurs. C’est pour cela qu’on a investi sur de jeunes joueurs, dans une optique de progression. Pour pouvoir garder nos joueurs plus longtemps. Ce qu’on ne faisait dans le passé : dès qu’un joueur émergeait, il partait.
Le troisième aspect est de faire une formation de qualité, non pas au point de disposer d’une équipe issue seulement du centre de formation, mais d’avoir une formation plus crédible, plus performante qu’auparavant. Nous sommes attachés aussi à certaines valeurs dans la formation : elle est footballistique certes, mais humaine et scolaire également. Sur le plan de la scolarité, on a eu 100% de réussite au bac cette année. Nous sommes attachés aussi à faire venir des jeunes qui ont de la valeur morale et qui acceptent le partage, le rapport à l’autre et refusent l’individualisme. C’est indispensable. Avec un recrutement régional, en Bretagne : un jeune a besoin pour son équilibre de ne pas être trop coupé de son environnement familial.
Dans le recrutement également, on fait attention à ces valeurs: après, l’environnement dans lequel se trouvent les joueurs agit aussi sur les comportements individuels. Un joueur qui « roulerait des mécaniques », cela ne marcherait pas avec le staff, ni avec le groupe. Il partirait vite!

Quelles préoccupations en relation avec ces objectifs ? L’engagement financier durable du président, ou encore les départs de joueurs ?

C.G. : Le président aujourd’hui est dans une logique de développement du club. Jamais je n’ai travaillé dans un contexte aussi favorable: le président s’occupe de la gestion et m’a totalement délégué le domaine technique. Ce qui renforce ma situation, et il a fait ce que j’avais demandé : centre d’entraînement, recrutement… Avec lui, dans le fonctionnement, les choses sont claires : il a nommé un directeur général, Serge Aréguian, qui dirige vraiment le club comme jamais il n’a été dirigé. Longtemps, nous jouions notre survie à chaque début de saison; ce n’est pas le cas maintenant.
J’espère que son investissement actuel se poursuivra durablement.
image (11)Je suis conscient que des joueurs risquent de partir en fin de saison : Morgan Amalfitano et Jérémy Morel sont en fin de contrat, Kevin Gameiro est sollicité par de grands clubs.

Mais l’équipe du futur se prépare actuellement, avec des jeunes prometteurs, comme Arnold Mvuemba, et autres Rémi Mulumba, Bruno Ecuele-Manga, Fabien Robert, Kevin Monnet-Paquet, Lynel Kitambala, Mathias Autret ou Francis Coquelin (si Arsenal ne reprend pas son prêt).

Après 12 journées de championnat, quels motifs de satisfaction ? Quels points à améliorer ?

C.G. : Côté positif, les prestations très abouties que nous avons réalisées contre Lyon ou Monaco à domicile, et face Saint-Etienne à l’extérieur.
Par contre, de grosses déceptions : des non -matches à l’extérieur, à Nancy et Bordeaux par exemple. Cette inconstance est frustrante. Elle dénote un manque de caractère collectif, comme je l’ai déjà dit.

Quel est l’objectif final, cette saison?

C.G. :L’objectif pour moi, c’est la progression collective et individuelle. La place finale n’est bien sûr pas anecdotique pour le club, en raison de l’apport financier des droits télé selon le classement. Sinon, sur le plan sportif, ce qui est intéressant, c’est d’avoir une équipe qui aura progressé, pour permettre ensuite d’avoir d’autres ambitions : l’enjeu est là.
La progression passe par la capacité à réussir une saison sereine, c’est-à-dire qu’on ne soit pas obsédés en permanence par le maintien. Ce qui crispe l’équipe, ne permet pas aux joueurs de « se lâcher », de s’épanouir. Surtout que cette saison, le classement est resserré : ce que je voudrais, c’est qu’on prenne vite des points pour ne pas regarder en bas. On pourra d’autant mieux jouer…

Que voulez-vous ajouter en conclusion ?

C.G. : C’est le jeu qui est au centre du club. C’est cela l’identité lorientaise.
Le F.C Lorient n’existe que par le jeu, son idée du jeu. C’est comme cela que Lorient a réussi à survivre, à s’installer. Il faut qu’il y ait cette continuité, qui a commencé dans mes périodes antérieures comme entraîneur de l’équipe.

Propos recueillis par Loïc Bervas