Pour terminer notre enquête sur le F.C.Lorient (voir Le FC Lorient : une ère nouvelle ? »), après l’interview de son entraîneur (voir : L’identité lorientaise – entretien avec Christian Gourcuff), il restait à connaître le regard d’un joueur. Notre choix s’est porté sur le défenseur latéral Arnaud Le Lan (32 ans), pour son vécu au club : ayant fait ses débuts professionnels au club (1996-2002), après deux expériences au Stade Rennais (2002-2005) et l’En Avant A Guingamp (2005-2008), celui-ci est revenu au bercail en 2008.

Pourquoi ce retour au F.C. Lorient, pour la dernière phase de votre carrière ?

Arnaud Le Lan : C’est un concours de circonstances. Le coach était intéressé par mon retour. J’étais en fin de contrat à Guingamp. C’était donc plus facile financièrement, parce qu’un club comme Lorient ne peut se permettre de trop dépenser en recrutement : cela avait été remis les années précédentes, à cause des indemnités de transfert qu’il aurait dû alors régler.
De plus, en six années à Rennes et Guingamp, j’ai connu huit entraîneurs différents. J’ai pu voir vraiment ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas, je me suis fait ma propre idée sur le football. La manière dont le F.C. Lorient et son entraîneur concevaient le football était celle qui se rapprochait le plus de la mienne.
Et puis c’est ma région. J’allais régulièrement au Moustoir [stade de Lorient] plus jeune. C’était le moment idéal, et pour moi le club idéal. Je ne pense plus bouger, j’aurai 34 ans à la fin de ce contrat…

Comment êtes-vous devenu footballeur professionnel ?

A.LL. : Ma façon d’y arriver est assez atypique. Après mes débuts dans le petit club de la région où j’habitais, j’ai fait à partir de 12 ans les équipes de « jeunes » du F.C. Lorient, où je ne sortais pas du lot. A 17 ans, à la suite d’un stage de Pâques 1996 avec les pros, où tout m’a réussi, l’entraîneur m’a proposé de faire la préparation de la saison suivante dans le groupe pro. Mais je voulais continuer mes études post-bac en STAPS [métiers du sport], jusqu’au DEUG [diplôme fin 2ème année du supérieur] à Saint-Brieuc, ce qu’a accepté Christian Gourcuff : on reconnaît bien là le prof’ !
J’avais un contrat de stagiaire pro et je m’entraînais la semaine au Stade Lamballais, aux conceptions proches de celles de Christian. Il m’appelait le jeudi soir pour me dire s’il avait besoin de moi le week-end en D2 ou en CFA. Et puis, aux 2/3 de l’année de licence à l’UEREPS de Rennes, il me dit qu’il compte sur moi comme titulaire pour les 10 derniers matches de la saison, ce qui m’obligeait à m’entraîner avec le groupe pro. Je n’ai pas pu passer ma licence. Et là, mon contrat de stagiaire expirant, il me fallait choisir : ou passer pro, ou revenir chez les amateurs. L’entraîneur m’ayant donné des garanties sur ma place de titulaire pour la saison à venir, j’ai signé mon premier contrat pro.

Vous n’êtes jamais passé par les sélections de jeunes ?

A.LL. : J’ai fait des présélections départementales. Mais la première chose qu’on faisait dans ces stages de détection, c’était de passer sur la balance. Etant donné mon gabarit [A. Le Lan mesure 1,71m et pèse un peu plus de 60kg aujourd’hui], dans un stage chez les -13 ans, après la balance, on m’a demandé de rentrer chez moi : c’étaient les critères athlétiques qui étaient déterminants…

Quelles différences voyez-vous dans le F.C.Lorient entre les deux époques?

A. LL. : Une grosse différence dans les structures. Je me rappelle l’époque où on ne savait pas le matin sur quel terrain on allait pouvoir s’entraîner. Le club a beaucoup progressé sur ce plan: les infrastructures pour pouvoir travailler correctement, c’est indispensable si on veut que le F.C. Lorient reste en L1. Cela va encore s’améliorer avec le prochain « Espace FCL ». Le club a dû s’adapter à une certaine réalité économique, il n’avait pas le choix s’il voulait rester compétitif à ce niveau. Les nouveaux dirigeants ont mis des professionnels dans tous les domaines (administratif, communication etc.). Et puis aussi on sent cette année que le public adhère à notre style de jeu plus qu’avant; le stade est bien rempli. Les spectateurs ont la fierté, je crois, de participer à une certaine philosophie du jeu.

« Le jeu à la lorientaise », une véritable marque déposée, comment le vivez-vous sur le terrain ?

image (1) A.LL. : Le 4-4-2 de l’entraîneur est basé sur un schéma tactique qui est réfléchi, rationnel, mais dans lequel chaque joueur dispose d’une grande liberté. Il faut trouver un juste milieu. Car parfois un schéma tactique a tendance à brider les joueurs, qui peuvent avoir l’impression de réciter une leçon. A force de réciter, on devient prévisible. C’est cette liberté qui fait la différence. Les matches où on passe à travers, c’est parce qu’on n’a pas trouvé ce juste milieu.

Pourquoi le coach n’est pas pour le 4-2-4 comme système de base ? Il met en avant la notion d’espace : on n’est pas responsable d’un joueur, on n’est pas responsable du ballon, on est responsable d’un espace. En phase défensive, on doit limiter les espaces et créer un bloc ; au contraire, en phase offensive, on doit se créer un maximum d’espaces. Or, en 4-2-4, les 2 joueurs excentrés n’ont plus d’espace devant ; lorsqu’ils reçoivent le ballon, ils sont dos au jeu. Il souhaite donc qu’ils reçoivent le ballon face au jeu, lancés, ce qu’a fait Mvuemba contre Lens l’autre jour, pour marquer le 3ème but (Lorient-Lens 3-0 – 11 décembre).

On part donc d’un schéma-type, auquel chaque joueur apporte sa part d’improvisation. Le jeu en triangle, par exemple, on le travaille à l’entraînement, mais quand on arrive à le faire en match, ce n’est pas réfléchi, c’est instinctif, spontané ; et quand trois gars sont complémentaires dans l’intention au même moment, c’est super. Ceci dit, quand un joueur prend sa liberté, cela impose une contrainte à un autre, pour ne pas mettre en danger l’équipe: si je suis amené à monter, le latéral opposé doit rester avec nos deux défenseurs centraux. C’est une balance entre les deux.

Christian Gourcuff nous disait qu’il y avait des matches « aboutis », mais aussi des « non-matches ». Comment expliquez-vous cette inconstance ?

image (2)A.LL. : On a du mal à l’expliquer ! L’entraîneur parle de « manque de caractère collectif ». C’est un manque de capacité à faire front à certaines difficultés. Lorient est bon dans un certain « confort », quand tout le monde arrive à réfléchir en même temps, mais ce n’est pas le cas tout le temps. C’est une alchimie qui est très dure à trouver. C’est une question de confiance : quand l’équipe rate les premiers enchaînements, on n’arrive pas à refaire surface, on subit les événements au lieu d’avoir l’emprise sur l’équipe adverse, d’imposer nos points forts. C’est cela qu’il veut dire, je pense, en parlant de « manque de caractère ». Ce n’est pas par la puissance physique qu’on reprendra le dessus : à part 1-2 joueurs qui ont la possibilité d’aller au contact, ce n’est pas dans notre mentalité. Le problème de « caractère » vient peut-être aussi de l’extrême jeunesse de l’effectif; insuffisamment de vécu pour pouvoir affronter certaines situations.

FC Lorient 2009/2010 Arnaud Le Lan accroupis à gauche

Dernière question : vous regardez le foot à la télévision ? Si oui, quelles équipes vous plaisent ou vous enthousiasment?
A.LL. :Rien d’original : j’aime ce que fait Barcelone. Ce qui est frappant, ce sont leurs continuels déplacements. C’est sur quoi insiste notre entraîneur aussi pendant les entraînements, les relations entre les joueurs.
Sinon, en France cette saison, j’aime bien Sochaux, sa mentalité, avec de jeunes joueurs qui ont la volonté de jouer. Leur entraîneur Francis Gillot a une certaine idée du football.