Défense de fer
Lorsqu’il suffit d’être médiocre pour gagner, la France gagne, ce fut le cas lors des phases de poule. Lorsqu’il faut être moyen, la France gagne encore, contre l’Argentine et l’Uruguay. Lorsqu’il faut élever un peu le ton, elle bat la Belgique sur un coup de pied arrêté et ferme la boutique à double tour sans beaucoup trembler. Elle a un quatuor défensif extraordinaire  : Lloris –Varane-Umtiti-Kante font un tournoi exceptionnel. Marquer un but à cette équipe est une gageure  : les Belges ont essayé, beaucoup, longtemps. En pure perte. Peut-être regretteront-ils de ne pas avoir pris un peu plus de risques dans leurs transmissions en première période quand ils menaient le bal mais ils ont sans doute trop craint les contres de M’Bappé, phénomène d’explosivité, de tonicité et de virtuosité. Il faut quand même beaucoup d’éloquence et de lyrisme pour sanctifier une équipe de contre en valeur absolue du football. Empêcher son adversaire de jouer, lui laisser le ballon pour mieux le piquer, faire des coups de pied arrêtés une arme fatale est son mode d’expression unique et il faut bien reconnaître qu’elle est experte dans ce domaine. Elle n’est pas cynique, commet peu d’actes d’antijeu, non, elle s’engouffre dans un trou de souris à la première occasion venue et plie la rencontre. La gagne, rien que la gagne, elle sait le faire et se moque à peu près du reste. Prière de ne pas faire la fine bouche sous peine d’être éconduit comme un rabat-joie. Qu’elle campe dans ses trente mètres une demi-heure durant ne gêne personne tant que le tableau d’affichage est conciliant.
Talents gâchés
La France a une génération de footballeurs si doués qu’elle devrait marquer l’histoire du jeu de football comme ont su le faire à leur époque le Brésil, la France des années 1980, l’Espagne ou l’Allemagne plus récemment. Didier Deschamps néglige cette gloire, ne la comprend pas. Il y a pour lui des vainqueurs et des vaincus, point. Il s’en tient à son raisonnement et il faut reconnaître qu’il fait bien passer le message. Les amateurs de football, qui aimeraient voir autre chose, sont battus à plate couture mais n’ont pas envie de boire un champagne si tiède. Avec une autre sensibilité au jeu, des options différentes, les Français pourraient être des ambassadeurs du jeu, ce n’est pas le cas, et ce ne le sera jamais avec Deschamps avec qui on est parti pour un bail. Rabiot, Aouar, Benzema –qui doit faire trois pointures de plus que le si laborieux Giroud- vont pouvoir regarder le train passer, il ne s’arrêtera pas pour eux, ils n’ont pas le profil Deschamps qui veut des guerriers de préférence à de vrais footballeurs. Cette Coupe du Monde lui donne raison, les équipes qui avaient des intentions de jeu ont fait long feu  : l’Espagne, l’Allemagne, le Brésil et la Belgique d’une certaine manière sont partis prématurément en vacances. Il faudra prendre le temps pour analyser les raisons de ces défections. En attendant, les sociologues nous disent que ces victoires sont bonnes pour le moral des Français. Youpi  !