Après un premier tour où seul Espagne-Portugal (3-3) a pu générer du plaisir, dans les huitièmes de finale, il a surtout fallu s’accrocher pour ne pas s’endormir. A moins…

… A moins d’être un supporter, d’avoir choisi des vacances aventureuses ou princières en Russie, de s’être badigeonné au drapeau national ou d’avoir misé des sommes plus ou moins conséquentes sur un des nombreux sites de paris en ligne, les occasions de vibrer furent pour ainsi dire nulles. Faudra-t-il en arriver à modifier le règlement pour ne plus voir des équipes refusant de jouer comme la Russie face à l’Espagne (après le Japon face au Nigeria en phase de groupes)  ? Le sacro-saint culte de la victoire a depuis belle lurette baissé pavillon devant cette “haine de la défaite” que, paraît-il, on inculque dès leur plus jeune âge aux futurs pros. Dire qu’il est prévu quarante-huit équipes pour le Mondial 2026  : toujours plus de matches, toujours plus de fatigue, toujours plus d’économie et toujours plus d’ennui  !

… A moins d’être un amateur de coups de théâtre ou de coups de tonnerre, ce qui n’a rien de déshonorant, on n’a pas trouvé extraordinaire ce France-Argentine. Certes Mbappé, certes Varane, certes même Pogba, dont semble-t-il son copain Griezman et Didier Deschamps ont réussi à convaincre de simplifier le jeu. Mais l’Argentine, déjà en sursis, était si consternante de faiblesse, si ahurissante dans ses choix de joueurs  ! Son Messi Redemptor a semblé parfois lui-même convaincu qu’il n’avait pas autour de lui des partenaires à la hauteur.

Quant à l’Espagne, l’homme susceptible de lui insuffler une dynamique régénérée tout en maintenant sa tradition de jeu construit, l’entraîneur Julen Lopetegui, il s’est fait débarquer à la veille de la compétition pour avoir signé au Real Madrid sans en avoir averti assez tôt sa fédération.

Le football ibérique n’aura pas été à la fête puisque le Portugal  s’est brisé contre la herse uruguayenne, bien commandée par l’expérimenté Godin. Le duo Suarez-Cavani a frappé une première fois après un une-deux géant, l’avant-centre du PSG doublant la mise en fin de match à nouveau sur un contre fulgurant. Messi, Ronaldo  : les ballons d’or ne seront pas sacrés cette année.

Exit l’Argentine, exit l’Espagne, il ne manquait plus qu’une sortie de route prématurée du Brésil pour faire une croix sur nos espoirs de jeu à une touche de balle, de une-deux, de construction offensive inattendue.
Le Brésil s’en est sorti, non sans mal, devant le Mexique. Mais contrairement à ce qui se dit un peu partout, et malgré les chiffres (un seul but encaissé, comme la Suède), sa défense ne donne pas les meilleures garanties, en dépit d’un Thiago Silva impeccable jusqu’ici. Mais on attendait mieux de cette armada de très bons joueurs, d’Alison à Neymar en passant par Casemiro, Coutinho, Paulinho, Gabriel Jesus et autres Willian. Un revirement nous étonnerait  : pour Tite, objectif titre et rien d’autre.

On attendait mieux aussi de la Croatie, vainqueur de tous ses matches en phase de poule, mais qui n’a dû qu’à Subasic de ne pas se retrouver éliminée par un Danemark coriace mais peu inventif. Le gardien de Monaco s’est racheté de son erreur de la première minute par trois arrêts déterminants dans la séance de tirs aux buts, un de plus que son valeureux vis-à-vis Kasper Schmeichel (fils de Peter), qui, lui, avait sorti un authentique penalty (mal tiré par Modric) en cours de prolongation.

Des prolongations qu’auront dominées tour à tour, après une bataille de chiffonniers,  une Angleterre médiocre et une Colombie privée de James Rodriguez. Revoilà les Anglais, qui vont trouver en quarts des Suédois aussi peu emballants que les Suisses qu’ils ont réexpédiés au pays.

… A moins d’être un dégoûté définitif du football de (soi-disant) haut niveau, on aura tout de même apprécié cette seconde mi-temps de Belgique-Japon (3-2). Un retournement de situation (le Japon menait 2-0 à la 70ème minute), un but à la dernière seconde et au terme d’un contre aussi cruel que bien joué avec un Lukaku laissant passer le ballon pour Chedli, deux équipes jouant le jeu  : même sans génie, ce spectacle valait le coup. Les Japonais, si honteusement calculateurs contre la Pologne et aux dépens du Nigeria, étaient-ils devenus soudain si naïfs en voulant l’emporter à la dernière minute du temps “décisionnel”  ? Leur défaite va-t-elle donner de l’eau au moulin à poivre des maîtres du calcul et de l’opportunisme  ? Probablement. Et il n’y aurait que nous (heureusement, il n’y a pas que nous) pour louer cet état d’esprit devenu magnifique au lieu d’être tout simplement naturel (bien jouer pour gagner) que nous continuerions. Même s’il faut se contenter d’une mi-temps en huit matches.