Mbappé intenable

« Dis-moi qui tu bats, je te dirai qui tu es », dit le vieil adage. On ne sait toujours pas où navigue cette équipe de France qui a dominé un fantôme. Messi résigné, Di Maria qui a traversé le tournoi comme un zombie (son missile ne saurait compenser ses absences), Lo Celso, Dybala, Agüero en disgrâce, l’Alibiceste est une formation qui aurait du mal à faire son trou dans un championnat national. Dans une rencontre plus débridée qu’académique, plus décousue que stylée, on n’a pas bien saisi les projets de Sampaoli. A chaque contre-attaque tricolore, il y avait le feu et l’intenable et percutant Mbappé s’en est donné à cœur joie en semant la panique dès qu’il touchait le ballon. Le jeu de contre français a été grandement facilité par les incessantes pertes de balle d’adversaires déroutants de faiblesse technique individuelle et collective. Le milieu de terrain français, dans un positionnement globalement défensif, n’avait qu’à récupérer la balle pour lancer ses attaquants en profondeur. Il faut être d’une grande naïveté stratégique pour laisser autant d’espace à des attaquants aussi vifs (nous ne parlons pas de Giroud, bien sûr). Un alignement si approximatif est suicidaire. Ce match nous a rappelé le quart de finale du dernier championnat d’Europe quand la France avait dominé l’Islande 5-2, signant pour l’occasion l’une des meilleures prestations de l’ère Deschamps.

L’Uruguay, une autre paire de manche

Le sélectionneur Uruguayen depuis 12 ans, Cesar Tabares, connaît la chanson et on est sûrs d’une chose : les attaquants français vont passer d’une configuration portes ouvertes à fermeture à double tour. L’Uruguay n’est pas l’équipe la plus glamour mais c’est certainement la plus empoisonnante à jouer. Antoine Griezmann aime à répéter que Godin, son coéquipier à l’Athlético de Madrid, est « le meilleur défenseur central du monde ». La France aurait sans doute préféré prendre sa revanche sur le Portugal mais Cristiano Ronaldo et les siens ont buté sur une défense très hermétique qui n’a donc encaissé qu’un but dans toute la compétition. Si Cavani, double buteur blessé, était forfait, les affaires françaises ne s’en porteraient pas plus mal. Un rayon de soleil a éclairé le parcours très maussade des Bleus. Est-il annonciateur d’un grand ciel bleu ou d’une rechute ?