L’argent, nerf de la guerre
Le constat s’impose partout  : la hiérarchie sportive répond, à quelques nuances près, à la hiérarchie économique. Et il est difficile de bouleverser cet ordre mercantile puisque l’argent va à l’argent. Le système de péréquation des droits télévisés n’est pas foncièrement injuste, la répartition dépend en partie du classement final. Mais la différence est énorme entre ceux qui se qualifient pour la Ligue des Champions et ceux qui restent à quai. Comme l’UEFA est de plus en plus riche, elle redistribue de plus en plus d’argent. Avant même que ne débute le championnat, le PSG, Monaco et Lyon auront déjà empoché 45 millions, soit environ le budget du 5ème, Rennes. Pour monter les échelons, il faut être bon, très bon sur le terrain  ; ce n’est malheureusement pas la caractéristique première des sans-grades.
Inaccessible PSG
Personne ne connaît exactement le budget du club parisien qui s’emploie à le masquer pour échapper à la patrouille du fair-play financier. S’il n’avait pas été paresseux et nonchalant depuis un mois, le champion de France aurait atteint la barre symbolique des 100 points. Il distance Monaco de 13 points après avoir fait la course en tête. Sauf revirement de situation improbable, les Parisiens ont un matelas de sécurité sportif important à moins qu’ils ne subissent les foudres de l’UEFA qui statuera le mois prochain sur leur sincérité comptable (notamment des contrats de sponsoring démesurés avec des entreprises du Qatar). Emery ne sera plus l’entraîneur, il n’aura pas apporté grand-chose au PSG. L’Espagnol reste une énigme, on n’a jamais vraiment su ce qu’il pensait du football, il aura été un homme invisible. Son coaching à Madrid contre le Real a été défaillant  : et à Paris, si on rate la Ligue des Champions, on est évincé. Son remplaçant allemand Thomas Tuchel a été choisi par l’ambassadeur du Qatar en Allemagne – ce n’est pas une farce -, choix validé par l’émir Tamim El-Thaïni. On a, il est vrai, un bon souvenir de trois ou quatre matches du Borussia Dortmund où il oeuvrait précédemment lors de l’édition 2015-2016 de la Ligue des Champions. Mais être obsédé par la quête du trophée européen est sûrement le meilleur moyen pour ne pas l’obtenir.
Deux places pour trois
Pour avoir joué avec panache sa chance à fond en Ligue Europa, Marseille a sûrement perdu beaucoup d’énergie et le point qui lui manque pour se qualifier pour la Ligue des Champions. Ses efforts pour maintenir à flot le football français en Europe auront été mal récompensés. Il y avait deux places pour trois candidats, elles ont donc été prises par Monaco et Lyon. Malgré la perte entre autres de Mendy, Bernardo Silva, M’Bappé, les Monégasques avaient suffisamment de réserve pour rester dauphin du PSG. Ce fut laborieux, sans brio. Lyon a alterné des hauts et des bas, parfois bien joué avec Aouar et Fékir au milieu, parfois mal en étant absent des matches. Les trois clubs ont plutôt des entraîneurs assez consistants  : Jardim, Génésio et Garcia ne déshonorent pas le jeu et devraient rester à leur place la saison prochaine – là on s’avance un peu vite. Lemar et Fabinho vont quitter Monaco, Fékir va dire adieu à Lyon. Marseille aurait besoin de se renforcer mais le pourra-t-il  ?
Un wagon de 16
Entre le 4ème, l’OM donc, et le 5ème, Rennes, il y a 19 points d’écart, un gouffre (Gourcuff peut être amer car on peut penser qu’il aurait fait aussi bien que Lamouchi quant au classement et beaucoup mieux pour ce qui est du jeu). Cette place de 5ème tendait les bras à Nice et l’excellent Lucien Favre –qui va poursuivre sa carrière au Borussia Dortmund – mais les Niçois ont été plombés par un début de saison calamiteux et une élimination dure à digérer en phase de qualification de la Ligue des Champions contre l’emballante équipe de Naples. Nice avait un certain cachet, plutôt belle allure tout comme Dijon, assez joueur et dont la 11ème place est excellente. Même après avoir encaissé 8 buts contre le PSG, les Dijonnais n’ont pas tourné le dos au jeu. Dall’Oglio est un entraîneur à suivre. Pour le reste de la troupe, hormis quelques éclats par ci, par là, il n’y a pas grand-chose à retenir. Le souci partagé est de ne pas prendre de but, les équipes sont organisées avec des blocs défensifs bas et trois purs milieux défensifs, athlètes et tacleurs musclés mais qui n’ont aucun pouvoir créatif. Les assises techniques sont inconsistantes, parfois inexistantes et protéger son but est une règle absolue. Ce type de football a ses limites qui interdisent de passer à l’étage au-dessus. La promotion par le jeu semble pourtant la seule voie possible de progression. Tous clonés à l’école bridée de Clairefontaine, les entraîneurs ne veulent pas en entendre parler. On va nous seriner que le nombre de buts a augmenté cette saison, ce qui est vrai (1033 buts contre 991 lors de l’exercice précédent) mais c’est une observation artificielle si l’on veut bien prendre en compte que le PSG et Lyon, à eux seuls, affichent 195 buts au compteur. En conclure à une volonté tactique délibérément plus offensive serait  totalement spécieux. On aimerait que ce fût le cas, ça ne l’est pas. Et l’argent ou plutôt le manque d’argent est un argument irrecevable, c’est une question d’état d’esprit, de désir, de profils de joueurs. Les années passent, la frilosité demeure et l’ascenseur est en panne.
PS  : En lever de rideau de la dernière journée de Ligue 1, se disputait la finale de la Coupe d’Angleterre entre Chelsea et Manchester United. Journée princière en Angleterre, ce match ne fut pas princier mais insignifiant. Les deux équipes ne rêvaient que d’une chose  : marquer un but sur coupe de pied arrêté. Hazard inscrivit donc un but sur pénalty pour Chelsea, qui l’emporta 1-0. Manchester United fut bien obligé d’attaquer un peu face à une équipe recroquevillée dans sa surface. Les Mancuniens auraient pu jouer 10 heures qu’ils n’auraient pas égalisé, leur capacité d’imagination, leur sens de l’improvisation frôlent le zéro pointé. Ce fut un match austère comme le sont à peu près tous les matches où Mourinho et Conte trônent sur le banc de touche. En France, le Portugais et l’Italien passent pour des cracks, des maîtres tacticiens. «  Fossoyeurs du jeu  » leur irait beaucoup mieux  !