Bipolaires
C’est le terme préféré des psys lorsqu’un sujet passe d’un extrême à l’autre. Ils devraient consulter les psys, ces deux clubs qui voguent du désespoir à l’extase, de la panne sèche à l’orgasme au gré de leurs divagations ou de leurs exploits. Parfois, ça va tellement mal qu’il y a 434 supporters pour un OM-Forbach en seconde division, parfois tellement bien qu’on gagne la Ligue des Champions avant d’être rattrapé par la patrouille et de se retrouver en prison pour avoir corrompu un match (combien en fait  ?). Jésus Gil,  président sulfureux de l’Atletico de 1987 à 2003, rejoindra Bernard Tapie derrière les barreaux. Il avait mélangé les caisses de son entreprise immobilière et  de son club de foot, les transferts étaient toujours foireux. Les deux clubs ne peuvent envisager leur existence que sous un angle passionnel et fusionnel  entre une ville et son équipe. Si le Real avait la bénédiction de Franco, il a fallu que l’Atlético, club des délaissés, laisse éclater sa colère et sa foi pour exister autrement que dans son ombre. Marseille, en froid avec Paris, a dû revenir parfois de nulle part pour faire entendre que la capitale du foot était bien la cité phocéenne. Sans émotion incandescente, les deux clubs n’en seraient pas là aujourd’hui.
Forteresse contre générosité
Le coach emblématique de l’Atlético depuis 6 ans, Diego Simeone, a dû écouter puissance 10 la métaphore domestique de l’Italien Claudio Ranieri lorsqu’il fut champion d’Angleterre avec Leicester  :  «  Si tu ne veux pas te faire voler, il faut bien protéger ta maison  ». Il a tellement bien entendu, Simeone, qu’il a bâti une forteresse. Pour marquer un but aux Colchoneros, meilleur défense d’Espagne et d’Europe – 20 buts encaissé en  37 matches de championnat – il faut être téméraire et audacieux. Le jeu des Espagnols, certes complexe tactiquement, est assez rudimentaire dans sa philosophie  : un bloc équipe très bas – le gardien slovène Oblak et le défenseur central uruguayen Godin sont remarquables – avec 11 joueurs qui participent à la récupération d’un ballon qu’on laisse volontiers à l’adversaire pour le piquer en contre avec le formidable Griezmann à la manœuvre. La méthode est si bien huilée que les résultats sont excellents, l’Atlético fait partie des équipes européennes que l’on aime éviter tant elle est impossible à jouer et même à voir jouer. On a beau en pincer pour l’attaquant français, on se décourage souvent avant le terme des matches. Il va falloir beaucoup de courage et d’énergie aux Marseillais pour tenter de transpercer un bloc cadenassé. Ils n’en manquent pas, c’est même ce qui leur vaut d’en être arrivés là. Rudi Garcia, leur entraîneur très exigeant, a su insuffler un état d’esprit et un goût de conquête si soutenus que les joueurs terminent les matches éreintés. Ils recommencent trois jours plus tard, frais et dispos. Ils tiennent bon, la sélection de Deschamps pour la Coupe du Monde se profile et Rami, Payet, Thauvin savent que leur performance les emmènera peut-être en Russie. Mais d’abord, il y a Lyon, c’est moins loin que la Russie mais pour repartir sur la Canebière avec une seconde Coupe d’Europe, il va falloir passer par un trou de souris.