Triangle d’or
Quand on dit qu’un footballeur ne paie pas de mine, on se dit que l’expression aurait pu être conçue pour lui. Iniesta ne répond à aucun des canons du footballeur de la pseudo modernité du 21ème siècle  : il ne court pas très vite, ne fait jamais de tête, Cristiano Ronaldo doit avoir envie de lui prêter des muscles, il n’a pas un tir très puissant et, de quoi rendre fous les entraîneurs français, ne gagnent pas un duel, il préfère les éviter. Avec ça, vous êtes plus près d’aller jouer en corpo le dimanche matin que de gagner le Ballon d’Or, qu’il aurait eu s’il n’avait pas joué avec Messi, dont il fut plus que l’ombre. Il a cohabité si harmonieusement avec Xavi que le trio fut un triangle d’or qui a ébloui la planète foot quatre saisons durant. Parler de trio est mesquin, on oublie Pepe Guardiola, chef d’orchestre à l’improvisation ensorcelante. De 2008 à 2012, chaque match fut une fête, et certains plus que d’autres. Le 20 novembre 2011, quand le Real fut atomisé 5-0 au Camp Nou, nous n’avions jamais vu pareil récital et on ne le reverra sans doute jamais. Guardiola est parti et on ne peut plus tout à fait jouer la même partition sans la baguette du maestrio. Il y eut aussi un peu de lassitude après tant de gloire, comme s’il n’était plus tout à fait possible de répondre aux exigences de la perfection.
Inventeur
Depuis deux, trois saisons, Iniesta est toujours là mais il est moins là, parfois transparent, un peu orphelin depuis que Xavi n’est plus là non plus. A 34 ans, le souffle plus court et une calvitie naissante, l’artiste a jugé que c’était le moment de dire stop. Il va probablement faire une pige en Chine où il vendra le vin qu’il produit après avoir acheté des vignobles à l’abandon en Catalogne. On n’efface pas comme ça les légendes, elles entretiennent les souvenirs. Quand on verra une passe fouettée arriver à son destinataire, on pensera à lui, il en a le brevet de propriété qu’il partage avec Xavi. Ses contrôles de balle étaient exquis, ses remises millimétrées, il avait des yeux derrière la tête. Il voyait le jeu plus vite et mieux que les autres. Son toucher de balle cristallin, ses déhanchés, ses contre-pieds ont fait passer pour balourds les plus robustes des défenseurs. Il a marqué le but victorieux contre les Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 2010 et les Espagnols en ont fait un héros national. Partout, il y a des rues, des stades «  Iniesta  ». Mais l’honneur suprême pour un footballeur du Barça est d’être applaudi au stade Bernabeu à Madrid. Il a vécu cet honneur plusieurs fois. Dans la boîte à souvenirs, il est en bonne place, en très bonne place. Et puis, il n’a pas dit adieu au Barça, il a juste dit au revoir. Peut-être y reviendra t-il un jour. On ne pourrait pas lui souhaiter mieux qu’un destin à la Zidane, qui sait…