Florilège d’éreintements

«  Mauvais retour sur investissements  », «  le jeu de ses équipes est tellement prévisible qu’on finit par le deviner et le contrer  », «  il a gagné la Champions League avec le Barça uniquement parce qu’il y avait Messi  ». Voilà un florilège d’éreintements d’un entraîneur.
S’agit-il de Durand qui lutte contre le maintien, de Dupont dont l’équipe joue si mal qu’elle ne pourra éviter la relégation  ? Non, il s’agit de Pep Guardiola, entraîneur de Manchester City, champion d’Angleterre après 33 journées, 16 points d’avance au compteur sur son dauphin Manchester United et qui va dépasser ou frôler les 100 points et les 100 buts en championnat. On a beau être blindé de chez blindé, on ne finit pas d’être étonné de ces pépites susnommées, de  ces médisances proférées, dont l’extravagance mériterait de figurer dans le bêtisier embouteillé du sport.
Pour être tout à fait honnête, on aura du mal à disséquer les prouesses de Manchester City pour des raisons techniques très simples  : l’impossibilité de capter SFR, seule habilitée à diffuser la Premier League. Et tant qu’à faire, il vaut mieux éviter de parler de ce qu’on voit peu. On a juste suivi avec intérêt tous les matches européens de City. Sans être toujours flamboyants, les Citizens ont réalisé quelques démonstrations remarquables contre Bâle (4-0 en huitièmes) et précédemment dans les phases de poule à Naples le 1er novembre où ils gagnèrent 4-2 à la suite d’un match splendide. A l’occasion, le sens de l’improvisation de l’Espagnol nous avait une nouvelle fois épaté. Les latéraux n’apportaient pas la supériorité sur les côtés mais dans le cœur du jeu alors que les ailiers mordaient la ligne blanche.

Une quinzaine difficile   

Il a donc suffi que Manchester City connaisse une quinzaine de jours très pénible début avril pour que la foudre s’abatte sur Guardiola, entraîneur champion national pour la huitième fois en dix ans. Contre Liverpool, les hommes de l’Espagnol ont raté le match aller, dépassés par la fougue des Reds. Au retour, l’illusion d’un retournement de situation ne dura qu’une mi-temps.
Mais la religion de Guardiola ne change pas  : jeu de possession qu’il adapte selon les joueurs dont il dispose, qui ne sont pas tous Xavi, Iniesta ou Messi. Il trace une œuvre, au sens artistique du terme. Parfois, les matches sont des chefs-d’œuvre. Ce n’est pas quelques persiflages d’égarés qui le détrôneront de sa place dans l’histoire du football, où il est si haut perché. Dans 10,20, 50 ans, il restera l’inventeur d’un jeu que l’on ne connaissait pas  : le jeu du Barça, qu’il a propagé avec bonheur au Bayern Munich hier, à Manchester City aujourd’hui.