Un mariage impossible
Gérard Lopez et Marcelo Bielsa, c’était un peu le mariage de la carpe et du lapin. Le président est une sorte de financier improbable, entrepreneur, spéculateur, flambeur qui agit dans un monde opaque. L’entraîneur est un janséniste un peu misanthrope et inaccessible qui refuse à peu près toutes les offres. S’il a accepté celle de Lopez, c’est qu’il a eu carte blanche. Bielsa a eu les mains libres et a pu faire à peu près ce qu’il a voulu avec les 100 millions empruntés sur les marchés obligataires par le Luxembourgeois pour s’offrir le LOSC. Le projet était de valoriser de jeunes joueurs pour les vendre avec des plus-values conséquentes. Opération casino parce qu’il faut que ça marche tout de suite, Lopez n’a pas le choix, il a perdu beaucoup d’argent avec la Formule 1 et Lotus. Il a voulu racheter l’OM, madame Louis-Dreyfus lui a préféré McCourt, il s’est rabattu sur Lille. Bielsa a peut-être péché par suffisance  : il a pensé qu’il pouvait, grâce à sa science, faire illico une équipe de talent avec une quinzaine de très jeunes joueurs venus de tous horizons. La Ligue 1 est globalement faible mais elle est rude, raide, musclée. Dans le Nord, il a l’air de s’ennuyer, El Loco, il n’y arrive pas, il tâtonne, les résultats ne suivent pas. Luis Campos, ancien directeur sportif de Monaco devenu bras droit de Lopez, ne va avoir de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues jusqu’à son éviction au bout de 4 mois  après une défaite au match aller à Montpellier. Christophe Galtier, qui faisait des appels du pied et se trouvait sur le marché après son départ de Saint-Etienne, prend donc la place d’un des entraîneurs les plus respectés au monde. «  La fantaisie et le spectacle, c’est fini, il faut aller au charbon  », scande-t-il comme bande-annonce. Qui peut penser que Galtier va réussir là où Bielsa avait du mal  ? Peut-être la presse régionale et «  l’Equipe  » qui ont fait une lourde campagne de presse anti-Bielsa et pro-Galtier. Là où l’Argentin cultive son mutisme, le Français surjoue la communication, fût-elle vide. On ne saura jamais si Bielsa aurait pu redresser la barre, ce que l’on sait juste, c’est que Lille joue mal et ne marque pas beaucoup de points puisqu’il est relégable. Aux tentatives infructueuses de jeu, Galtier prône le combat ou plutôt la guéguerre, un football de prudence et d’engagement sans aucune originalité.
De Madrid à Bourg-en-Bresse
C’est un peu panique à bâbord  : la D.N.C.G, inquiète, convoque régulièrement Lopez, condottiere à la petite semaine, qui gagne du temps. Pour ne pas payer les indemnités de Bielsa (environ 15 millions d’Euros, une paille), il argue de fautes graves qui n’ont guère de crédibilité. Ces manœuvres dilatoires ne l’empêcheront pas d’être bientôt face à ses responsabilités devant le tribunal des prud’hommes (jugement le 3 avril). Lopez n’est pas le Qatar, il n’a ni gaz, ni pétrole mais a-t-il encore des idées  ? Stimulés par l’arrivée de Bielsa et d’une équipe new-look, les plus optimistes des supporters envisageaient des excursions à Barcelone ou Madrid en Champions League la saison prochaine, les plus réalistes se contentaient des pays de l’Est, passage obligé en Ligue Europa. Optimistes et réalistes se rejoignent aujourd’hui pour prier en chœur de ne pas se taper le voyage à Bourg-en-Bresse ou Châteauroux en août prochain. Ce n’est pas que les chefs-lieux de l’Ain et de l’Indre n’ont pas un petit charme provincial mais avouez que les tribunes du stade Marcel Verchère à Bourg et Gaston Petit à Châteauroux n’ont pas le même standing que le Camp Nou ou Santiago Bernabeu. La foule lilloise ne doit pas en mener large pour afficher des sentences qui font froid dans le dos  :  «  Si on descend, on vous descend  ». Prenons-le au second degré  mais on voit bien que les atmosphères ambiantes témoignent que la première hypothèse n’est pas loin.