Improbable diagnostic    
Aussi empoisonnants qu’une maladie, des diagnostics autant erronés les uns que les autres. De Deschamps au café des Sports, la même litanie  :  «  Cette équipe manque de combativité, d’investissement, d’engagement, d’agressivité, de leader  » pour les uns, pour les autres «  il faut rappeler Sissoko, l’associer à Kanté, Matuidi, Tolisso et faire une équipe de combat qui gagne les duels et ne ménage pas sa peine  » (on a échappé de peu à Bosse, le champion du monde du 800 mètres). Nous avons beaucoup lu et entendu depuis vendredi et avons vécu un grand moment de solitude devant tant de commentaires consanguins si commodes, simplistes et spécieux. Le mal est tellement plus profond  : l’équipe de France n’a pas de style, pas d’idées, pas d’identité, pas de structure. On ne peut même pas dire que le bloc défensif joue 15 mètres trop bas puisqu’il n’y a plus de bloc. Le jeu est empirique, décousu, inarticulé, c’est le désert de Gobi entre les lignes avec des joueurs éparpillés et un milieu de terrain incapable d’assurer une transition. Lisons il y a quelques semaines Vincent Duluc, qui dirige le foot à «  l’Equipe  »  : «  Kanté n’a aucun pouvoir créatif  ». Du même auteur, du temps où il avait de la considération pour le football  :  «  Il n’y a jamais assez de meneurs de jeu dans une équipe  ». Très bien. Déduction générale  : plébiscite de Kanté et jamais de meneur de jeu. Vous avez saisi  ? Nous non plus. Kanté est un crack pour faire déjouer l’adversaire et soutenir sa défense. Point final.  C’est très creux pour lui donner une autorité qu’il ne peut asseoir mais c’est le type de joueur qu’aime Deschamps. Quand les matches amicaux vous pèsent un peu, que vous avez des échéances importantes dans les clubs, il ne reste qu’une chose pour vous en sortir  : le fond de jeu. Depuis 6 ans et 73 matches qu’il est aux commandes, Deschamps ne s’en est jamais soucié de ce déficit abyssal de fond de jeu. Quand on lui demande pourquoi, il répond  :  «  Je n’ai jamais interdit aux joueurs de bien jouer  ». Il ne le fait pas exprès, pour lui le fond de jeu est un accessoire pour rêveur incorrigible, quand c’est le moyen le plus sûr de mettre l’adversaire hors de position. Le sélectionneur national a une cote de popularité à faire pâlir de jalousie tous les chefs d’états de républiques bananières. Il n’a aucun détracteur dans le milieu du football, il n’y a aucune opposition, son immunité est totale et permanente, on craint que revendiquer son désaccord vous renvoie sur le répertoire des fichiers «  S  » comme perturbateur de la santé mentale du pays. Capitaine de l’équipe de France il y a 20 ans, la France s’auto-persuade qu’il va faire le doublé comme entraîneur.
Un problème sans solution 
Parfois, il serait peut-être bon d’avoir un tout petit peu de mémoire. Au début de la décennie, alors que le Barça et l’Espagne exerçaient une magnifique démonstration, tous les acteurs du football français prophétisaient  :  «  C’est comme ça qu’il faut jouer au football, on va tout changer à la Direction Technique du Football, stop aux athlètes, vive les footballeurs  ». On applaudit des deux mains. Qu’avons-nous vu  ? Rien, absolument rien, le temps a passé, le décor est le même à Clairefontaine, rien n’a changé d’un iota, le Barça et l’Espagne se sont un peu usés, les promesses ont fait pschitt… La Coupe du Monde commence dans deux mois, il est trop tard pour revoir la copie. Giroud sera bien en Russie, Benzema en vacances, Kante, Pogba, Matuidi ou Tolisso composeront le milieu de l’équipe de France. On n’est pas diseur de bonne aventure et, après tout, la France gagnera peut-être la compétition (pour avoir vu pendant cette trêve les matches amicaux de l’Espagne, de l’Allemagne, du Brésil, on peut penser que ça va être dur).  Elle a d’ailleurs intérêt puisque Deschamps continue de dire que la victoire est la seule valeur du football. Griezmann et M’Bappé vont donc devoir rivaliser de prouesses pour inverser la courbe cyclothymique.  En cas d’échec, transposé au football, on pourra plagier Abraham Lincoln, politicien américain  :  «  On peut tromper une partie des supporters tout le temps, on peut même tromper tous les supporters pendant un certain temps mais on ne peut pas tromper tous les supporters tout le temps  ». Deschamps n’est-il pas en train de tromper tout le monde  ?