Aouar, l’héritier
Houssem Aouar joue comme un footballeur de 30 ans. Il en aura 20 le 30 juin, autant dire que c’est un phénomène rare. Même en réfléchissant longtemps, on ne voit pas de numéro 8 français aussi doué que lui depuis Jean-Marc Guillou il y a 40 ans. On ne souhaite pas au prodige lyonnais le même destin que l’ex-Angevin qui dut attendre d’avoir 27 ans pour connaître sa première sélection en équipe de France, ce qui alimenta à l’époque la fureur du «  Miroir du Football  ». Aouar nous fait penser à l’Italien Antognoni, milieu majestueux de la Fiorentina, champion du monde 1982, au Belge Scifo, aux Argentins Ardiles ou Redondo, autant de fières références. Il incarne le jeu par son port altier, sa vision périphérique, sa technique, sa science de la passe et même son sens du but. Aouar est la promesse d’un joueur formidable. Pour l’instant, il a franchi un palier que tarde à atteindre Maxime Lopez, dont la saison est moins accomplie que la précédente. Le Marseillais ressemblerait d’avantage à Xavi qui l’a d’ailleurs adoubé dans une interview récente. Où que soit le ballon, il est toujours en soutien, disponible, sobre, clairvoyant. On peut regretter que son entraîneur, Rudi Garcia, plutôt porté vers le jeu, préfère pour l’instant un football hormonal où il a du mal à trouver sa place.
Un trio qui vaut de l’or
On n’a pas retenu ici Adrien Rabiot, qui a déjà franchi un cap à 23 ans mais qui est du même bois (il ne semble plus progresser pour l’instant mais son niveau est déjà très élevé). Et on se dit sans même blaguer qu’un milieu de terrain français Rabiot-Aouar-Lopez vaudrait son pesant d’or et aurait une autre allure que la robustesse de Kanté, Pogba, Matuidi qui nous est promise. On ne parle évidemment pas pour la prochaine Coupe du Monde en Russie parce que l’épreuve nécessite un peu d’expérience mais dans le futur, pourquoi pas  ? Sauf que le futur, ça se prépare notamment à travers les matches amicaux  : 15 minutes par ci, par là, pour prendre la température de l’équipe de France. Malheureusement, on se berce d’illusions, notre milieu de rêve n’existera jamais avec Didier Deschamps comme sélectionneur. La France va disputer vendredi et mardi prochain deux matches contre la Colombie et en Russie et c’était peut-être une occasion de leur ouvrir la porte. Non, le sélectionneur préfère et préférera toujours Matuidi, Tolisso ou Pogba, ces deux derniers remplaçants en ce moment au Bayern et à Manchester United et qui n’ont pas la consistance technique de notre duo. Il n’y a qu’une raison de suivre Lyon cette année, une équipe irrégulière au jeu souvent décousu  : Houssem Aouar (Nabil Fekir est souvent blessé). Deschamps a plus d’affinités avec les athlètes qu’avec les footballeurs, avec le pragmatisme plus qu’avec la grâce. Il ne changera pas, c’est trop tard. Aouar devra-t-il longtemps être l’otage de ses goûts douteux  ?