Comique exalté
Il n’est pas impossible que le Zébulon du compte-rendu  qui ferait passer Eugène Saccomano pour un endormi fasse bientôt son entrée aux «  Guignols de l’Info  », une distinction si l’on peut dire. Le natif de Paimpol est une curiosité, en témoignent les portraits que les magazines lui consacrent. Le voir commenter est une aubaine  : excité comme une puce, il hurle, se met en transe, rit, pleure, sa logorrhée est irrépressible  ; comme une pile Duracell, il est increvable. Il doit terminer les matches aussi éreinté que les joueurs. Il ne fait pas de comédie, c’est un état naturel chez lui que de vendre le foot comme une pilule du bonheur. Il remplace le Prozac, la Sécurité Sociale devrait faire un geste à son égard. Les 90 minutes se dégustent comme un rail de speed. Il a la foi du charbonnier, l’enthousiasme et l’innocence d’un enfant  : les parties ne sont que féeriques, extraordinaires, géniales, les joueurs sont tous des virtuoses, des artistes,  des dieux. Les optimistes forcenés, les euphoriques permanents sont à la noce. Parfois, il imite Valéry Giscard d’Estaing en s’invitant chez les Français. Il le fait sans malice, il aime simplement aller à la rencontre des supporters. Quand il ne sait pas quoi faire, il fait ouvrir Geoffroy-Guichard la nuit pour y dormir, il est content, c’est sa façon de devenir Vert pas procuration. Il n’est jamais grandiloquent, ne se prend pas au sérieux, sa bonhomie n’est pas feinte. Atypique, iconoclaste, on aurait envie de rajouter ridicule ou grotesque mais on on le rajoutera pas, ce serait un peu malveillant, on osera folklorique ou baroque. Il est dingue de foot mais le foot n’est pas dingue de lui. Dans un auto-dénigrement rare et singulier, il assume être «  totalement nul en tactique  ». C’est un peu gênant, comme si un chroniqueur de cinéma avouait qu’il ne pige rien à la mise en scène, de littérature qu’il est fâché avec la syntaxe.
Stand-up
Son rythme endiablé, son débit échevelé, ses extinctions de voix nous font craindre pour sa santé. Il pourrait attraper le syndrome de Stendhal, victime de troubles de sidération alors qu’il sortait d’un musée de Florence. L’écrivain venait d’admirer tant de beautés picturales qu’il en avait perdu connaissance. Quand on observe la démence et l’émerveillement qui s’emparent de Riou pour une reprise de volée ratée, prendre soin de lui ne serait pas un luxe. Ses élans de midinette enflammée, ses spasmes de fleur bleue lui ouvriront peut-être un jour les portes d’une salle de spectacle. La mode est au stand-up. On lui proposerait un titre  : «  Le foot m’a rendu dingo  ».