Pourquoi tant de haine  ?
Au départ, il y a comme un malentendu sur le rôle des arbitres, forces de l’ordre plutôt que partenaires du jeu. Il serait évidemment préférable de les recruter dans le milieu du football plutôt que dans celui de la police (métier d’origine de beaucoup d’entre eux). Leur autoritarisme nuit à leur autorité et on ne peut pas dire que la compréhension du jeu soit leur point fort. Ils connaissent le règlement sur le bout des ongles, peuvent vous réciter par cœur l’alinéa 3 de l’article 27 de la loi 12, ont une parfaite condition physique depuis qu’ils sont professionnels (ils gagnent entre 10 et 20.000 Euros par mois), sont d’une intégrité inaliénable pour l’immense majorité mais n’ont pas tous et pas toujours une sensibilité au jeu qui leur permettrait de faire la distinction entre l’esprit et la lettre, entre un match à l’atmosphère saine et un autre à l’air vicié. Il n’empêche que l’arbitrage est le domaine du football qui a le plus progressé depuis 20 ans et jamais il n’a été aussi vilipendé. Il ne se passe pas une journée de championnat de Ligue 1 par exemple sans qu’on s’appesantisse ici ou là sur les éventuelles erreurs des arbitres avec des arguments qui sont le plus souvent des prétextes fallacieux pour masquer les insuffisances d’une équipe.
Le triomphe de la mauvaise foi
Pour un oui ou pour un non, un avertissement ou un simple coup-franc, un attroupement se forme autour de l’arbitre, dont chaque décision est contestée.  Parfois même, il est bousculé, ce qui a entraîné récemment les expulsions du gardien de Saint-Etienne, Stephane Ruffier et du latéral du PSG, Dani Alves. Réactions épidermiques, mauvais réflexes  ? Oui, mais la prolifération d’incivilités laisse entendre qu’il  s’agit de provoquer une sorte d’influence psychologique pour déstabiliser l’arbitre, de peser sur ses futures décisions, de le mettre en condition pour qu’il répare une présumée injustice par une compensation l’action suivante. Il suffirait que les clubs disent à leurs joueurs d’arrêter ces émeutes pour qu’elles cessent. Ils ne le font pas parce qu’ils espèrent y trouver leur compte. Ils en rajoutent même sur les bancs de touche où les ambiances sont explosives. Le plus grand fournisseur de matière première est Jean-Michel Aulas, le président de Lyon, dont la spécialité est de mettre de l’huile sur le feu. Il fait de l’audience, Aulas, avec ses 700.000 followers, dont les journalistes sportifs. Après chaque rencontre, il félicite ou tance les arbitres devant les micros ouverts. Dans la semaine, il refait le match à coups de 140 signes avec ses tweets de  mauvaise foi,  décryptés, analysés par des medias en mal de copie. C’est assommant et indigne mais du coup, il devient très difficile d’arbitrer à Lyon. Aulas est trop malin pour que ces messages insignifiants et dérisoires soient gratuits.
La vidéo, une obsession
Les télévisions, pour se donner bonne conscience, assurent qu’il faut respecter l’arbitrage tout en poussant le vice à multiplier les ralentis d’une action litigieuse jusqu’à plus soif, histoire de démontrer que l’arbitre s’est trompé. A l’heure où les joueurs s’entraînent avec des GPS, où l’on prélève leur salive pour mesurer leur niveau de stress, le débat sur l’arbitrage vidéo obnubile ses partisans. Son recours semble inexorable à court terme, ce qui peut paraître acceptable à condition qu’il ne heurte pas le tempo du jeu. Quelques secondes pour savoir si un but est valable ou non, oui, mais pas plus, le foot sans émotion ne vaut rien et une émotion saccadée n’est plus que diluée. (En Coupe de la Ligue, où il y a une expérimentation vidéo, le match Rennes-PSG mardi dernier a été interrompu à trois reprises  : entre palabres et désordre, il y eut 7mns30 d’interruption, trois décisions justes certes mais un effet catastrophique pour le rythme du match). Et puis, parfois, les erreurs d’arbitrage créent des souvenirs inoubliables indépassables. La demi-finale de Coupe du Monde 1982 France-Allemagne a d’abord provoqué un traumatisme, elle est devenue une légende triste mais passionnée et une légende passionnément  triste n’est plus un sentiment amer, juste une légende mythique.
Succession en panne
On ne se bouscule pas aux portillons des Ligues ou des Districts pour prendre sa licence d’arbitre, un job de chiens qui ne favorise pas l’émulation. Les clubs, obligés de présenter des arbitres, sont parfois contraints de payer des amendes parce qu’il n’y a pas de candidat. La pénurie est telle que dans les divisions inférieures, des bénévoles assurent le service. Le lundi matin, on retrouve le compte-rendu de certains matches dans les pages des faits divers plutôt que dans la rubrique sportive  : arbitre à l’hôpital, bagarre générale, interventions de pompiers ou gendarmes, vive le sport sans arbitre  ! Il serait grand temps que les instances du football protègent l’arbitrage de l’excitation générale. On ne va pas calmer monsieur Aulas –plutôt un bon président malgré tout- en lui infligeant un match avec sursis de temps à autre…