Un siège éjectable pour tout confort
Le 17 octobre, le championnat est commencé depuis deux mois que déjà Philippe Hinschberger est débarqué de Metz, lanterne rouge. Il est remplacé par Frédéric Hantz, éternel pompier de service.  Le 7 novembre, à Rennes, la famille actionnaire Pinault, dont on ignorait le goût pour la révolution, évince le président délégué René Ruello et Christian Gourcuff pour installer Olivier Létang et Sabri Lamouchi. Le 15 novembre, ça ne va pas mieux à Saint-Etienne où Oscar Garcia, en désaccord avec son président Romeyer, est contraint de jeter l’éponge et de céder le banc à Julien Sablé puis Jean-Louis Gasset. Le 22 novembre, Lille est pris de panique, il limoge Marcelo Bielsa pour introniser Christophe Galtier. Dans le courant de ce mois de novembre meurtrier, il aura fallu ingurgiter que Garcia, Gourcuff et Bielsa sont de moins bons entraîneurs que Gasset, Lamouchi ou Galtier.  Digestion difficile. Enfin, la semaine dernière n’est pas un long fleuve tranquille pour les deux clubs de la Garonne, Bordeaux et Toulouse. Jocelyn Gourvennec est suppléé par l’Uruguay Gustave Poyet et Pascal Dupraz par son adjoint Mickaël Debève. A qui le tour  ? Le foot est pris de vertige  : une défaite crée un problème, deux défaites une crise, trois défaites un psychodrame qu’on résout en dressant un carton rouge à l’entraîneur, exclu moyennant un chèque. La stabilité n’est pas une vertu mais un vice. Il faut changer vite, tout de suite, comme si un changement de coach induisait un électrochoc salutaire. L’histoire montre qu’en général ça ne marche pas (sinon sur 1 ou 2 matches) mais cette saison on a franchi le mur du ridicule. Cette stratégie du court terme pollue les esprits, ne permet pas aux entraîneurs d’œuvrer dans la sérénité mais de distiller la peur. Après deux matches aboutis mais perdus 3-2, par exemple, ils n’ont plus qu’une obsession  : renforcer la défense, comme si essayer de ne pas prendre de but était la clé pour en marquer. Il y a des cas où il est difficile de ne pas faire autrement  : Gourvennec à Bordeaux transmettait à son équipe son angoisse, son impuissance, ses doutes  ; les Girondins étaient au bord du naufrage. Leurs prestations indigentes étaient indignes de leur potentiel et Gourvennec, abattu, ne pouvait plus assumer son rôle. A Metz, lorsque Hinschberger est parti, son équipe était à 11 points du premier relégable. Peut-être fallait-il tenter quelque chose. A Toulouse, la santé du sanguin Dupraz, hospitalisé, nécessitait probablement un peu de repos. Mais comment peut-on imaginer que Galtier à Lille et Lamouchi à Rennes sont plus légitimes que Bielsa et Gourcuff  ?
«  Pas des poètes  »  
On connaît Christophe Galtier qui a maintenu à peu près à flot Saint-Etienne pendant sept ans. Les résultats étaient convenables, la méthode se rapprochait d’un football de combat, tradition de la maison verte. Galtier voulait aller à l’étranger, l’étranger n’a pas voulu de lui, il a fait des pieds et des mains pour aller à Lille prendre la place de Bielsa. Les résultats ne sont pas bons, alors il a dégainé  :  «  J’en ai marre de voir évoluer des poètes  ». Galtier, alias Monsieur Muscle fait allusion à Bielsa alors qu’El Loco est le plus exigeant des entraîneurs. «  Je veux de la sueur, de l’agressivité dans les duels, nous sommes en danger, il ne s’agit pas de jouer mais de marquer des points  », a poursuivi notre mathématicien dépité. Personne ne saura jamais si Bielsa aurait redressé la barre, on ne lui en a pas laissé le temps. Ce qu’on sait, c’est que Bielsa est une sommité mondiale du football reconnu par ses pairs, Galtier une sommité du Forez. Et on préférera toujours un poète à un gribouilleur. Il urge maintenant de filer à Rennes où l’on parierait notre main à couper que les Pinault père et fils ne savaient même pas qui était Sabri Lamouchi, qui s’assoit maintenant sur le banc destiné à Gourcuff pour un certain temps. Il est vrai que le C.V. de celui qui fut un honnête joueur à Auxerre est très mince  : il a été nommé sélectionneur de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire sans la moindre expérience mais avec quelques soutiens de poids (il est marié avec la fille du président de la Fédération ivoirienne, ça peut aider). La majeure partie des joueurs sortait de l’Académie Guillou. Ils ont dû jouer un football contre-nature, ultra-défensif et primaire. Résultat  : élimination sans gloire en Coupe d’Afrique des nations contre le Nigéria en 2013 et en Coupe du Monde 2014 après une défaite pathétique contre la Grèce. Le lendemain, Lamouchi reprenait l’avion sous les quolibets. Depuis il a fait une courte pige au Qatar. Et le voilà donc à Rennes sans que l’on ait saisi les raisons de cet atterrissage. Bien sûr, les premiers matches sous Gourcuff n’étaient pas très encourageants, il n’est pas certain que le profil des recrues correspondait au projet de jeu qu’il voulait mettre en place mais sur la durée, qui peut penser que Lamouchi puisse faire mieux que Gourcuff  ? Personne, à part quelques égarés. La semaine passée, Rennes s’est incliné à Dijon (2-1) en livrant un match abominable, juste sauvé par un but spectaculaire. Certains dirigeants de Ligue 1 ont donc pensé que Galtier-Lamouchi, c’est mieux que Bielsa-Gourcuff. Est-ce qu’il ne leur vient jamais à l’esprit que le problème ce n’est pas les entraîneurs mais eux, engoncés dans leur suffisance  ? Non, ça ne leur effleure même pas l’esprit. Dommage  !