Le toque  ? Non merci
Didier Deschamps a choisi son camp, il est plus proche du combat physique que du toque. Sauf si le Père Noël lui a offert un nouveau logiciel, le toque, c’est non, c’est pas son truc, il n’a pas envie d’être sensible au jeu de football, il veut la gagne, c’est tout. Le toque permet parfois de rester à vie dans la mémoire du  football, lui considère que la victoire est la seule grandeur. Son expérience de capitaine champion du monde 1998 lui a fait découvrir que la France n’avait pas besoin de belle manière pour hystériser le pays. Aux yeux du monde, c’est une équipe qui n’a laissé aucune trace, aucune empreinte. Il s’en fiche, il s’en tient au palmarès. Pour lui, Brésil 1970, Espagne 2010, c’est pareil que France 1998, ni plus, ni moins.
On se permettra quand même de penser que si la France avait mieux joué lors d’un Euro 2016 d’une très grande faiblesse, elle aurait gagné. Mieux jouer, ce n’est pas dépenser de la sueur en plus, ce n’est pas gagner plus de duels, mieux jouer, c’est refuser un jeu saccadé et décousu, mieux jouer, voilà où l’on veut en venir, c’est jouer l’attaque plus que la contre-attaque, mieux jouer, c’est avoir une expression collective, un fond de jeu beaucoup plus épanouis. Notre réflexion ne vaudrait rien s’il n’avait pas les joueurs qui s’y prêtent. Il les a sous les yeux mais les regarde-t-il  ?
Le quatuor de l’avenir
On n’a pas besoin d’être devin pour imaginer que Deschamps va s’appuyer sur N’Golo Kanté, Blaise Matuidi, Corentin Tolisso, Paul Pogba l’été prochain en Russie. Ce sont tous de très bons joueurs qui ont trouvé leur place dans le cercle assez fermé des clubs influents. Ils sont solides, fiables, réguliers (Pogba un peu moins), expérimentés, ont un gros volume de jeu, font parler leur potentiel physique. Il y a un hic  : ils n’éclairent pas le jeu, ont du mal à déséquilibrer les défenses adverses regroupées, le contre est le domaine d’action où ils sont le plus à l’aise. Pour la classe médiatique, c’est un milieu formidable qui s’apprête à conquérir le monde. Il faut donc oublier que depuis deux ans, la France n’a pas affiché une grande maîtrise technique contre des équipes du «  tiers-monde  » qui lui étaient proposées lors des éliminatoires de la Coupe du Monde.
Nous n’avons pas peur du ridicule en égrénant une liste de 4 joueurs qui ont un rapport beaucoup plus fin, subtil, délicat au football  : Hassam Aouar, Maxime Lopez, Steven N’Zonzi, Adrien Rabiot ont des sensations, des attitudes différentes avec le jeu. La passe est leur moteur plus sûrement que le «  box to box  », la construction est leur ressort. Ce sont de justes milieux. Un peu de recul permet de se souvenir qu’en 2012 l’Espagne avait pulvérisé l’Italie en finale de l’Euro (4-0) avec une équipe composée de Busquets, Xavi Alonso, Xavi, Iniesta, David Silva et Fabregas avant-centre faute de véritables attaquants à la hauteur. Aucune puissance physique, aucune force athlétique mais une intelligence diabolique qui avait démantelé toutes les défenses les unes après les autres. C’est une vision du football que la France ne partage pas et n’est pourtant en rien ni archaïque, ni angélique. Une capacité de création, de clairvoyance plus affirmée éviterait de courir après une balle trop vite perdue. Il faut être amnésique pour ne pas avoir en tête que le 28 mars dernier, la France n’avait pas vu le jour contre l’Espagne (0-2). L’amnésie permet l’aveuglement. Aujourd’hui, il est évidemment trop tard pour qu’Aouar, Lopez, N’Zonzi, Rabiot, notre bande des 4, soit la priorité de Deschamps pour la Russie. Mais elle ne le sera pas davantage après, le mode de pensée du sélectionneur s’y oppose et sa cour partage son avis. Depuis un mois et le tirage au sort de la Ligue des Champions où il rencontrera le Real, le PSG est sommé par «  l’Equipe  » d’acheter un «  vrai  » numéro 6. C’est quotidien et obsessionnel. Il y a Thiago Motta mais il est jugé trop vieux. Il y a Rabiot, Verratti et même Lo Celso qui peuvent parfaitement occuper le poste mais non, ils sont trop légers, trop portés vers le jeu. Ce que réclame «  l’Equipe  », c’est un pur récupérateur, qui tacle, tire les maillots, fasse des «  fautes utiles  » pour endiguer les contre-attaques adverses. C’est d’un chic  ! Comme si les Parisiens avaient besoin de ça.
Aouar et sa grâce balle au pied, Lopez et sa qualité de passe, N’Zonzi et ses premières relances, Rabiot et son abattage si précieux, ce n’est pas pour demain et ce ne sera pas pour après-demain. Enfin, sauf si une seconde nature effaçait les tatouages de Deschamps. On n’y croit pas trop.