Saint-Etienne, un recrutement catastrophique
5 cartons rouges, 39 jaunes  : les Verts occupent la dernière place au classement du fair-play et jouent très mal. Le champion de la formation est devenu un acheteur compulsif de footballeurs-athlètes qui n’ont qu’une lointaine parenté avec le football prôné par Oscar Garcia, nouvel entraîneur formé au Barça qui aura tenu trois mois avant de faire ses valises, écoeuré par le vide technique de ses joueurs. Le peuple du Forez, le plus fidèle de France, n’arrive plus à supporter son équipe  : il siffle, se met en grève. Le nouveau tandem d’entraîneurs Sablé-Grasset a l’air complètement égaré et impuissant. Les dirigeants stéphanois parient sur le mercato et un casting plus décent. Ils ont besoin de «  vrais  » footballeurs et non plus de tacleurs à la carotide. Si le foot était un sport de combat, ils seraient médailles d’or. Mais non…
Bordeaux, la belle endormie
Le club le plus tonitruant de France sous la moustache frémissante de Claude Bez est devenu le plus somnolent depuis que M6 a repris les rênes. Un stade magnifique dans une ville magnifique, le décor prête à l’enfièvrement mais c’est le désintérêt qui l’emporte. Les banquettes sont aussi vides que les idées de jeu d’une équipe bordelaise parfois en état de panique. Jocelyn Gourvennec, son entraîneur, est un illusionniste. A force de clamer qu’il aimait le football offensif, on a fini par le croire. Sauf que la défense de Bordeaux campe à 25 mètres de ses buts, le milieu de terrain est composé de trois joueurs à vocation défensive, et la perle brésilienne Malcolm ne peut à lui seul colmater les brèches. Voir jouer les Girondins est un pensum absolu, il ne se passe rien, les Girondins ont joué leurs deux derniers matches contre Strasbourg (0-3) et à Toulouse (0-2) sans se créer plus de deux occasions.
Nantes, le reniement  
Longtemps, Nantes fut le plus constant symbole d’un football réfléchi, perfectionniste où l’influence d’Arribas puis de  Suaudeau interdisait de faire n’importe quoi. Et puis, après un magnifique titre de champion en 1995, Nantes a vendu son âme au diable. Des cadres de la Socpresse (filiale de Dassault) sont arrivés  : Gripond puis Roussillon étaient des mordus de la mondialisation  : l’arrêt Bosman leur permettait d’avoir 20 joueurs de 20 nationalités différentes, histoire de vendre des maillots partout. Personne pour arrêter un projet fou qui amena le club en seconde division pour deux saisons. Depuis 15 ans, un industriel de la pharmacie, Waldemar Kita, a racheté le club avec une idée fixe  : faire table rase du passé, repartir de zéro. Autocrate, Kita estime que sa connaissance du football est telle qu’il pourrait entraîner lui-même. Il a laissé ce pouvoir à l’Italien Ranieri, devenu une icône depuis le titre de champion d’Angleterre avec Leicester mais dont les conceptions footballistiques sont à l’exact opposé de l’identité originelle du club. Ça bétonne sec à Nantes qui marque des points en assommant tout le monde.

Le jeu, rien que le jeu
C’est un tableau très noir que nous dressons à dessein, parce qu’on n’oublie pas que ces trois clubs ont bercé la vie de millions de supporters aujourd’hui détenteurs de la Carte Vermeil. Leur argument, consistant à déplorer qu’on ne peut pas faire mieux au prétexte qu’on n’a pas les sous pour acheter Neymar, est agaçant  : avec des budgets de 60 à 80 millions d’Euros, on peut jouer sans désespérer ses fans les plus téméraires. A la recherche du temps perdu, le trio de «  perdus de vue  » n’a qu’une solution  : en revenir au jeu, ne penser qu’au jeu. C’est plus naturel et moins coûteux qu’une chirurgie esthétique qui consiste à faire du replâtrage un mode de fonctionnement.  Un retour aux sources pour s’offrir une seconde jeunesse, ça paraît simple, non  ?