Roi d’une époque futile
Ce qu’on aime dans le football, c’est le football. Ca semble couler de source mais ça ne coule pas de source. On n’a pas l’impression d’être un vieillard attardé ou nostalgique en pensant que Cristiano Ronaldo jouit d’un savoir qui n’a pas grand-chose à voir avec le football  : il sait remarquablement organiser la mise en scène de sa grandeur et de son narcissisme. Sur les 183 journalistes votants         – tous correspondants de France Football – combien sont-ils à voir beaucoup de matches  ? Peu. Combien sont-ils à voir les grands matches  ? Beaucoup. En 2017, ils ont vu un Cristiano Ronaldo d’une efficacité redoutable en quarts, demies et finale de la Champions League. Le rôle du Portugais a en effet été prépondérant au printemps quand le Real a gagné la compétition pour la 12ème fois. Son hiver avait été à peine passable et son automne est si médiocre qu’il n’a inscrit à ce jour que trois buts en Liga. En 2016, rappelons-nous cette image en finale de l’Euro – un Euro timide pour lui-  : blessé dès le début de la rencontre contre la France, il avait passé 75 minutes sur la ligne de touche à encourager ses compatriotes. Les caméras étaient fixées sur lui, on ne voyait que lui et la victoire du Portugal avait fait le triomphe de Ronaldo. Tout autant qu’une grande star du foot, il est une immense star tout court. Il a la puissance d’un James Bond, le glamour d’un play-boy, la force d’un bodybuilder, l’attention d’un bon père de famille de 4 enfants qu’il cajole sur les pages glacées des magazines people, l’orgueil surdimensionné que l’époque confond avec  de l’ambition quand il déclare ce 7 décembre  :  «  Je suis le meilleur joueur de tous les temps  ». Cristiano Ronaldo connaît tous les codes du siècle, y compris celui de faire copain-copain avec les journalistes de France Football qu’il reçoit plusieurs fois par an pour de longues interviews aussi creuses que médiatisées. Le décor ainsi planté, Ronaldo accumule les Ballons d’Or, la gloire et la fortune qui vont avec.
Serial buteur
De cet avant-propos peu complaisant, il ne faudrait pas en conclure qu’on pense que Ronaldo n’est pas un très grand joueur de football. L’histoire du jeu a peu connu de buteurs aussi prolifiques, adroits, rapides, vifs, rusés. Il a un véritable instinct de serial buteur et on n’a pas connaissance d’un joueur de tête aussi formidable que lui. Sa détente et son timing sont vertigineux et personne ne peut se targuer d’avoir marqué ainsi autant de buts – avec il vrai des partenaires à son entière disposition. Qu’est-ce qui nous gêne alors  ? Que l’on estime, parce qu’il a eu 5 Ballons d’Or,  qu’il soit un meilleur footballeur que Di Stefano, Cruyff, Platini – 3 Ballons d’Or -, Beckenbauer ou Ronaldo le Brésilien-2 Ballons d’Or- ou Zidane- 1 seul- par exemple. Il en a eu autant que Messi, donc, ce qui contraint à penser que le Ballon d’Or n’est vraiment pas quelque chose de très sérieux. Cristiano Ronaldo est un génie du but quand Messi est un génie du jeu. C’est une nuance  ? Non, c’est un gouffre. Pour être aussi simpliste que France Football qui aime à tout classifier, on dira que Messi est avec Pelé et Maradona l’un des 3 plus grands joueurs de tous les temps. Cristiano peut-il espérer pointer dans les 20  ? Même pas sûr, ça mérite réflexion.