«  C’est ma faute, c’est ma très grande faute  »
12 points en 13 matches, le bilan chiffré est maigre. Bielsa l’assume pleinement. Après chaque défaite, lors de conférences de presse fascinantes, il se battait la coulpe  :  «  Il n’y a qu’un responsable, c’est moi, tout est de ma faute  ». Dans le genre autodénigrement, El Loco ne ménageait pas ses effets. Il le faisait dans une dialectique si pointue qu’on se serait cru à une chaire d’université plutôt que dans une salle annexe d’un stade de foot. On peut avoir une sorte d’adulation puérile pour l’Argentin sans pour autant l’exonérer de tout. Bielsa s’est probablement trompé sur un point  : le recrutement. Il a pensé qu’on pouvait faire venir une quinzaine de jeunes hommes venus de la planète entière pour en faire une équipe compétitive tout de suite. Il a peut-être péché par orgueil.
On ne connaît que trois entraîneurs _ il y en a sûrement d’autres, notamment en Amérique du Sud mais on ne les identifie pas _ capables de sublimer les joueurs par une expression  collective très sophistiquée  : Guardiola à Manchester City, Sarri à Naples et Bielsa à Lille. On aime comparer les projets de Sarri et Bielsa parce qu’ils reposent sur des budgets à visage humain. La différence est que Sarri s’est appuyé sur des joueurs chevronnés, Bielsa sur des très jeunes. Après la première journée de Ligue 1 qui avait vu Lille étriller Nantes 3-0, on s’était plu à sourire. Durant les deux mois qui ont suivi, Nantes n’a plus perdu un match quand Lille n’en a plus gagné un seul. Voir les matches des Lillois était assez pénible, ils avaient un mal fou à coordonner leurs actions alors même que le jeu de passes symbolise la méthode Bielsa. Sur l’insistance de ses joueurs, il a modifié le 3-3-3-1 qui est sa marque de fabrique pour un 4-3-3 plus classique. Mais rien n’y fit. Lors du dernier match perdu lundi dernier à Amiens 3-0, Ballo-Touré, arrière gauche qui vient de la réserve du PSG, a perdu les 7 premiers ballons qu’il a touchés, les ailiers El-Ghazi et Araujo n’ont pas débordé une fois, on était gêné devant tant d’approximations. A force de répéter les gammes, on se plaisait à espérer que les Lillois allaient devenir plus consistants mais Luis Campos, le bras droit du président Lopez, ne l’a pas voulu. Il était en guerre avec Bielsa qui avait refusé plusieurs offres de joueurs aguerris que l’ancien directeur sportif de Monaco lui avait proposés. La personnalité de Bielsa avait fait de Lille un pôle d’attraction. On se plaisait à regarder tous ses matches, parfois en souffrant.
Le grand ménage
Depuis le début de la saison, Christian Gourcuff à Rennes, Oscar Garcia à Saint-Etienne et donc Marcelo Bielsa à Lille ont été évincés. Ils ont été remplacés par Sabri Lamouchi, Julien Sablé et un quarteron d’intérimaires lambda dans le Nord, comme si on pensait gagner au change. Entre Lille et Bielsa, on a cru à une belle histoire. Elle fut assez moche, inachevée et l’épilogue est bien cynique  : pour ne pas lui verser ses indemnités (entre 10 et 15 millions d’Euros alors que le club n’a pas un sou vaillant), les dirigeants lillois invoquent des fautes lourdes, comme celle d’être allé rendre visite à son ancien adjoint au Chili –Luis Maria Bonini est mort ce mercredi 23 novembre- sans en avoir informé le club. Grande classe, très grande classe