Un inventaire de VIP
C’est une chose extraordinaire qu’une génération de surdoués aient vu le jour en même temps. C’est une chose beaucoup moins extraordinaire qu’elle soit entraînée par Didier Deschamps, chantre d’un football laborieux quand il devrait être explosif. L’inventaire des joueurs offensifs de très grande valeur est si long qu’on aurait presque peur d’en oublier  : M’Bappé, Griezmann, Lacazette, Fékir, Lémar, Dembelé, Martial, Benzema bien sûr (Coman,Payet, Giroud sont relégués dans un second choix), voilà une armada qui devrait être l’âme d’une très grande équipe si l’on veut bien ajouter que Lloris, Varane, Umtiti, Mendy constituent une bonne base défensive. Il n’est évidemment pas question de jouer avec la bande des huit susnommés mais le plan de Deschamps est de n’en aligner que trois, associés avec trois milieux plutôt défensifs qui seront Kanté et Pogba avec Matuidi, Tolisso ou Rabiot dans un système de contre-attaque. On ne sait pas lire dans une boule de cristal mais on voit bien où Deschamps veut en venir. C’est une sélection taillée pour le jeu, une sélection qui devrait laisser une marque mais le manque de finesse, de subtilité de son entraîneur l’en empêchera. On peut estimer sa carte de visite sans être contraint de se prosterner devant lui et de considérer que, comme à l’Académie Française, le poste lui revient à vie. A force d’être assénée, une pensée unique finit par s’insérer comme une vérité. Depuis 1998, cette pensée unique laisse accroire que la sécurité de son but, la priorité à la défense, le goût du combat plutôt que de l’esquive est la seule théorie qui vaille, que tout autre serait suicidaire. Cette idée est si ancrée dans le football français qu’émettre le contraire fait de vous un incurable rêveur. C’est oublier bien vite les enseignements du passé qui disent qu’il n’y a pas de grandes équipes sans ambition d’attaquer et de faire le jeu.
En panne de fond de jeu
Pour faire le jeu, il faut avoir un fond de jeu, un terme que Deschamps n’aime pas. Pour lui, le fond de jeu, c’est l’efficacité, le reste n’a pas d’importance. Il n’est pas partisan de ce principe que «  mieux on joue, plus on gagne  ». Pourtant, oui, les grandes équipes ont toujours eu un fond de jeu, une assise technique qui offre des garanties inestimables pour mettre l’adversaire hors de position. On n’a rien contre Kanté, Pogba (qui n’est pour l’instant qu’un faux bon joueur), Matuidi, Tolisso, tous de vaillants milieux taillés comme des athlètes au souffle inépuisable mais ils n’ont pas la clairvoyance, la vision du jeu, le coup d’œil, l’étincelle qui dicteraient une expression collective générale plus élaborée. Deschamps préfère un jeu décousu, saccadé. Rabiot, N’Zonzi (que l’on voit trop peu et dont le sens de la passe serait pourtant utile), Lemar, Fekir (qui pourraient faire de vrais milieux offensifs alors que pour les jeunes Lopez et Aouar que l’on aime beaucoup, c’est trop tard), pourraient être des relais plus inspirés. L’équipe de France pourrait devenir une très grande équipe victorieuse, elle sera peut-être victorieuse, une très grande équipe, c’est beaucoup moins sûr.
On n’est jamais content, direz-vous  ? Non, on est même frustrés. Il faut bien être exigeant avec des  prodiges qui n’offrent pas tout le plaisir que l’on pourrait attendre.