Le banc, toujours le banc
Confiné dans une prison dorée, telle est la vie de l’ami de Messi. Il a été dirigé par Ancelotti, Blanc, Emery, trois entraîneurs plus élogieux les uns que les autres quand son nom est évoqué. Pourtant, le trio l’a relégué dans un registre un peu indigne de remplaçant de luxe. Quand depuis six ans l’effectif du PSG est au complet, Pastore est le 12 ème homme. A 10 millions d’Euros par an, on ne parlera pas d’artiste maudit mais d’artiste sacrifié. Il est souvent blessé, oui, mais quand il ne l’est pas, ça ne change rien  : il cire le banc. Aujourd’hui, il a 28 ans. Il aurait dû marquer de son empreinte cette décennie, faire partie des dix meilleurs joueurs du monde en activité. Mais non, l’histoire du foot se fait sans lui. Pastore a un défaut  : c’est un pur numéro 10 et dans les schémas alambiqués du football du siècle, on lui préférera toujours des milieux «  box to box  » ou des faux attaquants plus véloces pour contre-attaquer. L’Argentin doit se faire une raison  : s’il veut exister à sa juste valeur dans le paysage, il doit partir, quitte à revoir son salaire à la baisse. Il n’est même plus aujourd’hui le 12 ème homme mais le 14ème. Le milieu de terrain (Thiago Motta-Verratti-Rabiot) semble inamovible et s’il y a un absent, Drexler et Di Maria lui passent sous le nez. L’abondance de biens dans les grands clubs est cruelle, il faut accepter de jouer  des bouts de match  : 10 minutes par ci, 10 minutes par là quand le résultat est déjà entériné.  C’est une offense pour un joueur qui doit remercier ses parents tous les matins de lui avoir donné la grâce. Sa facilité et sa maîtrise technique, son toucher de balle, ses passes à l’aveugle nous font penser qu’il appartient à la même famille qu’Özil, cet Allemand d’Arsenal au talent cristallin. Pastore a encore quelques belles années devant lui pour démontrer qu’il n’est pas qu’un beau joueur mais un très grand joueur.
Privilégiés placardisés
Pastore n’a pas le monopole de la mise au placard, d’autres surdoués subissent la même infortune. Au PSG, son co-équiper Ben Arfa doit encore se demander ce qu’il est venu faire dans la capitale, à part renflouer son compte en banque. Il a fait beaucoup d’efforts, paraît-il, pour s’intégrer mais Emery n’a jamais pu le supporter. Il réclamait son dû pour partir l’été dernier, on ne le lui a pas donné, alors il végète, s’entraîne avec  l’équipe réserve. Ben Arfa est l’un des plus grands gâchis du foot français. Il n’est certes pas encore à l’âge de la retraite, il peut rebondir mais il y a urgence  : il a 30 ans.
Allons faire un tour au Sud, chez «  l’ennemi  » du PSG  , Marseille. Un jeune joueur de 20 ans se morfond  : Maxime Lopez, celui qu’ici-même nous décrivions dès ses premiers pas comme un possible descendant de Xavi,  n’apparaît plus comme titulaire à l’OM. En début de saison, il faisait équipe avec Luis Gustavo et Morgan Sanson au milieu de terrain. Les Marseillais ont eu une mauvaise passe, ont concédé des buts, Lopez a trinqué  : trop léger, pas assez défenseur dans l’âme. On lui préfère Zamba Aguissa, 22 ans, pur milieu défensif –en gros progrès techniquement- pour densifier le milieu d’une équipe qui pense maintenant que le football doit être un combat. C’est le choix de Rudi Garcia qui ne voyait pas le football sous cet angle à Lille ou à l’AS Roma. Lopez est une perle de footballeur  : si Deschamps n’était pas le sélectionneur de l’équipe de France, il aurait pu prétendre porter le maillot bleu, oui, oui, nous ne rions pas. A 20 ans, on a envie de jouer. Et pour un passionné moyen, le voir sur le banc est une frustration  ; sa justesse technique, son coup d’œil, son soutien constant à ses partenaires manquent dans le décor.
Ces trois exemples de mal-aimés ne sont que le tiercé le plus spectaculaire de «  vrais  »footballeurs mis hors-circuit. Que leur reproche-t-on  ? D’être trop joueurs, de ne pas être des guerriers, de ne pas se fondre dans l’expression d’un football français sans attirance pour les artistes. Pastore, Ben Arfa, Lopez et les autres sont faits pour être têtes d’affiche, pas figurants.