Plus nul, est-ce possible ? 
De mémoire d’ancien combattant, à brûle-pourpoint, on ne se souvient pas –malgré la victoire 1-0 contre la Bulgarie- d’avoir vu une équipe de France aussi indigeste que celle-ci. Est-ce le plus mauvais match des Bleus depuis 10 ans ? Ca peut se discuter parce qu’il y en a eu beaucoup mais là, c’était gratiné. Ce fut 90 minutes d’un ennui à endormir un bataillon de légionnaires en rut, quelque chose d’abominable. Comment une équipe de VIP, où tous les joueurs se mettent en évidence dans les plus grands clubs du monde, peut-elle à se point trahir le football, plutôt du pousse-ballon ? La finale de l’Euro devait donner confiance à une équipe qui en manquait ? Raté. L’explosion de super-stars allait nous remettre sur les rails ? Encore raté. C’est le trou noir pour une équipe tétanisée. Dresser l’inventaire de ce qui ne va pas serait vain puisque rien ne va, c’est un désert footballistique. Pendant une mi-temps, l’équipe de France a renvoyé le ballon en touche, aux abois  face à une équipe de Bulgarie qui aurait très franchement du mal à tenir son rang en Ligue 2. A l’argus du football, le trentenaire Blaise Matuidi vaut beaucoup plus que les 22 Bulgares, dont on ne sait pas si la déchéance est structurelle ou générationnelle, sûrement les deux. Une autoroute était promise à la France, 10 étapes sans encombre contre la Suède, orpheline d’Ibrahimovic, les Pays-Bas, proches de la maison de retraite, la Bulgarie, le Luxembourg et la Biélorussie, trois tiers-mondistes du football. Au lieu de quoi, ce fut un parcours du combattant conduit de main de maître par le guide Didier Deschamps. Il serait présomptueux de présenter le plus beau CV du foot français comme un incompétent. Osons-le : Deschamps n’a aucune sensibilité au football, aucune qualité pour faire jouer une escouade de grands joueurs, inhibés par ses consignes et sa vision ultra-sécuritaire du football. Comment des footballeurs aussi aguerris, aussi brillants dans des matches de Champions League peuvent-ils se liquéfier en équipe de France ? Comment une équipe peut-elle n’avoir à ce point aucune identité ni fond de jeu, aucune perspective, aucune idée ? Comment peut-on produire un jeu collectif  aussi décousu, désintégré ? Deschamps est un prestidigitateur : il transforme l’or en plomb.
Des promesses non tenues
Devant l’extraordinaire réussite simultanée du Barça et de l’équipe d’Espagne, les responsables du football français avaient décrété qu’il fallait imiter un style qui combinait spectacle de très haute tenue et victoires. On n’a rien vu. Les promesses n’ont pas été tenues : plus que jamais, la France se prosterne devant les milieux athlètes, en l’occurrence trois en même temps contre la Bulgarie : Matuidi, Kanté, Tolisso, puissants, volontaires, arpenteurs de terrain mais qui n’ont pas un grand pouvoir d’imagination pour créer le jeu. Rabiot ne vient que dans un second choix et Deschamps a du mépris pour les « vrais » footballeurs. Va–t-il à Séville, équipe attractive où rayonne N’Zonzi à la manière de Busquets au Barça ? Il ne rate pas une passe, oriente le jeu de manière remarquable. Non, il ne va pas à Séville, ça se saurait. N’Zonzi ne va pas vite, ne sait pas se projeter comme un « box to box ». Deschamps n’aime pas ça. A Marseille, Maxime Lopez était un petit Xavi en puissance. Sa technique de passe et son intelligence de jeu faisaient merveille. L’OM perd deux matches. Manque d’impact, diagnostique -t-on. C’est Lopez qui trinque. Un sélectionneur aimanté par le goût du football ne pourrait pas regarder d’un œil dédaigneux ni  N’Zonzi, ni Lopez, pas davantage se pâmer devant les courses et l’activité souvent brouillonnes et vaines de Matuidi ou Tolisso.
Nous reviendrons sur ce marasme – le terme est-il trop fort ? – après le match contre la Biélorussie. Sur son terrain, face à un adversaire fantôme, peut-être l’équipe de France tirera un feu d’artifice, histoire de finir sur une bonne note. Marquerait-elle 3, 5, 8 buts qu’on ne réveillerait pas notre caviste pour commander du champagne, sauf si Deschamps démissionnait, mais non, Noël Le Graët, le président de la Fédération, veut lui renouveler son contrat…on est vraiment bien partis.