Gêne et carré blanc
C’est un sentiment de gêne que nous avons ressenti quand, à deux reprises en seconde période, Neymar et Cavani se sont vigoureusement chamaillés pour transformer un coup-franc aux 18 mètres et un penalty. Ils ont dû en être perturbés puisqu’ils ont raté le coche l’un et l’autre.
Nous touchons là au ridicule d’un sport forcément collectif que l’on rend individuel à récompenser les statistiques des uns ou des autres. « L’Equipe » nous apprend que Cavani, s’il est meilleur buteur de l’exercice 2017-2018 de Ligue 1, empochera plus d’un million d’Euros. Celle de Neymar serait encore bien plus conséquente. Cette nouvelle démence contractuelle n’est rien d’autre qu’une incitation à la jouer « perso ». Si un joueur est mieux placé qu’eux pour marquer, Neymar et Cavani ne seront-ils pas tentés, même inconsciemment, d’inscrire le but en solo, quitte à pénaliser leur équipe ? A quoi servirait donc cette surenchère financière qui n’est pas innocente puisqu’il faut trois semaines à des juristes confirmés pour établir des contrats dont certains font 60 pages ? A surmotiver les joueurs, à créer une émulation pour faire plus que son coéquipier. A l’arrivée, c’est l’inverse qui se produit, l’équipe est pénalisée parce que ce surcroît d’investissement ne s’applique pas contre des adversaires mais contre des partenaires. « Ce sont des joueurs avec des ego surdimensionnés, c’est pour ça que ce sont des champions », claironne-t-on à droite et à gauche. Créer une concurrence entre partenaires serait donc la théorie pour rendre maximale leur performance ? On peut douter de ce type de management. Le football ne mérite pas d’être pris en otage par les outrances de ceux qui le dirigent. Neymar est un football formidable, Cavani un grand buteur ; ils doivent unir leur talent sans se livrer à des fanfaronnades indignes.
PSG-Lyon aurait mérité un carré blanc. On vous le donne en mille : le week-end prochain, les deux petites « stars » de tous les clubs de France et de Navarre vont mimer Neymar et Cavani au premier penalty venu. Unaï Emery, l’entraîneur parisien, aurait dû faire des choix, c’est son job. Il y a longtemps qu’il n’a plus aucune emprise sur « le clan des Brésiliens ». Mais oui, dimanche soir, on se serait cru à la fête à neuneus.