Grâce à Deschamps ou malgré Deschamps ?
Réprouver le peu de goût du sélectionneur national pour un football académique ou joyeux ne nous exonère pas de relever les performances de son équipe. Contre les Pays-Bas, la prestation fut sans doute la plus aboutie de l’ère Deschamps. Et l’énorme couac du résultat contre de valeureux Luxembourgeois ne témoigne pas d’un match catastrophique. Peut-on parler d’un petit coin de ciel bleu ? Et si oui, grâce à Deschamps ? Non, plutôt malgré Deschamps dont la volonté de proposer un jeu plus sophistiqué, plus réfléchi, plus offensif, plus fluide n’est pas affirmée.
Ce qui saute plus volontiers aux yeux, ce sont les talents individuels dont il dispose : par ordre alphabétique, Benzema, Coman, Dembélé, Fékir, Griezmann, Lacazette, Lemar, M’Bappé (il n’y a ni Giroud, ni Payet voir ci-dessous) forment un cercle de footballeurs hors du commun. Aucune nation au monde ne peut présenter un tel octuor. Il y a un mélange de vitesse, d’explosivité, de technique, de pouvoir créatif très intéressant et séduisant, un cocktail  coloré pour peu que le maître de cérémonie en fasse bon usage et dosage. Si l’on a bien compris, il en utilisera 4 dans un 4-2-3-1 où le bloc-défense devra jouer plus haut pour éviter les courants d’air au milieu et améliorer une expression collective parfois défaillante.

Giroud et Payet non, Benzema oui
Nous aimons bien Giroud, son abnégation, son implication, son jeu de tête. Mais dans une équipe où le mouvement, la recherche du démarquage et du décalage doivent être la règle, un point de fixation ne sert strictement à rien. Et puis, il fait un peu figure d’intrus dans un aréopage d’artistes.
Payet, lui, serait victime de l’éclosion de Lemar et du retour en forme de Fékir qui jouent plus ou moins dans le même registre que le Marseillais. Quant à Benzema, Deschamps doit cultiver une sacrée rancœur contre lui : 2 ans de suspension chez les Bleus pour une histoire de sextape à dormir debout, c’est long. L’attaquant du Real, encore très bon depuis le début de la saison, ne jouera donc jamais associé avec son ami Griezmann. C’est un tandem à faire rêver tous les entraîneurs du monde, sauf Deschamps.
S’il a regardé le remarquable Espagne-Italie (3-0) samedi soir, il aura vu que la maîtrise technique de l’attaque espagnole était impressionnante. Les deux attaquants étaient Isco et Asensio, deux remplaçants de Benzema au Real… En tous cas, Deschamps, pour qui le football se résume à une obsession du résultat brut, sait ce qu’il lui restera à faire dans l’éventualité –très improbable quand même- d’une élimination : la démission serait sa seule dignité. Heureusement, même en jouant à se faire peur, l’idée que l’équipe de France se rende en Russie l’été prochain enlève tous les suffrages.