La bande des six
La France a un problème avec ses entraîneurs, elle fait l’autruche, refuse de le voir. La Direction Technique Nationale vient d’être confiée à Hubert Fournier, un honnête homme du sérail dans la lignée de Jacquet et consorts.  L’équipe nationale féminine, les sélections de jeunes ont des résultats médiocres et jouent mal, on tourne la tête.
La Fédération Française est bien le ministère de l’immobilisme. Les clubs se tournent donc de plus en plus vers des entraîneurs étrangers plus audacieux, créatifs, subtils dans l’approche du jeu.

Ce n’est pas seulement le souci de l’ordre alphabétique qui désigne Marcelo Bielsa en tête de liste d’une bande de six. Le retour en France, à Lille donc, du mystérieux, fantasque, intrépide, déroutant mais surtout fascinant argentin est en soi un événement épié par la planète foot comme on guetterait un ovni. On ne sait pas ce que vaudra Lille qui a déjà recruté une dizaine de joueurs, de 3 à 14 millions. Ils viennent de toutes les galaxies, seul Bielsa les a bien identifiés : en 2016, il aurait vu 1200 matches, certains plusieurs fois pour avoir les idées claires. El Loco a privilégié de jeunes joueurs dont il juge le potentiel intéressant. La seule chose sur laquelle on peut miser est que les Lillois vont faire un gros pressing pour avoir la balle et jouer dans le camp adverse. Celui que Guardiola qualifiait encore le mois dernier comme « le meilleur tacticien du monde » a déjà mis le nord en effervescence. Ce dont on ne doute pas non plus, c’est qu’on va s’entraîner dur, Bielsa a fait construire des bungalows pour que les joueurs se reposent entre deux séances.

Unai Emery titille moins notre imaginaire. Pour sa seconde année à la tête du PSG, on lui a apporté sur un plateau Dani Alves … et  Neymar ! Les Parisiens ont vécu une saison sans gloire, relégué à 8 points de Monaco. Le couperet est passé près pour l’Espagnol dont on ne saisit pas bien les intentions. Quand on a des milieux de terrain aussi académiques que Verratti, Pastore, Rabiot ou Thiago Motta, on ne prône pas un football de percussion mais de possession, ça coule de source. Peut-être va –t-il changer son fusil d’épaule ?

Le plus dur, on le sait, n’est pas de réaliser un exploit mais d’y survivre. Le suisse Lucien Favre a été le principal instigateur de la remarquable épopée de Nice. Contrairement à Auxerre, Montpellier ou encore Lille qui avaient joué aux flambeurs après de brillantes saisons pour se retrouver au tapis, les Niçois n’ont pas encore activé la planche à billets, sûrement une bonne initiative. Ils ont perdu leurs deux remarquables défenseurs latéraux, Pereira et Dalbert, leur meneur Belhanda, gardé Balotelli, déjà blessé. Ils ont passé contre l’Ajax (avec pas mal de chance face à une équipe très joueuse) la première étape qui mène à la Ligue des Champions ; leur jeu collectif de qualité est un gage de sécurité.
Sauf à suivre l’improbable championnat autrichien, on ne sait pas grand-chose sur Oscar Garcia, l’Espagnol de 44 ans qui va entraîner Saint-Etienne. Il a joué un peu à Barça et vient d’être champion d’Autriche avec Salzbourg. Son credo donne envie : « Mon maître est Guardiola, je n’envisage le football qu’en attaquant. »Les fidèles spectateurs des Verts méritaient mieux que le football à l’emporte-pièce et insipide proposé par Galtier pendant 7 ans. C’est long, 7 ans…
On en sait beaucoup plus évidemment sur Leonardo Jardim, si heureux entraîneur de Monaco l’an passé. Comment se présenteront les Monégasques dans un mois à la fin de l’interminable mercato ? Avec M’Bappé, Lemar, Fabinho ? En tous cas, sans Mendy, Bakayoko, Bernardo Silva, tous trois partis en Angleterre. Avec ses 160 millions de budget, les Monégasques n’ont pas le choix : ils doivent vendre. On regrette évidemment ces départs qui ne devraient pas  modifier la méthode Jardim : le contre intelligent.
Claude Ranieri n’est pas un inconnu non plus. Evincé sans ménagement de Leicester après l’avoir mené  au titre suprême de champion d’Angleterre en 2015, on souhaite à l’Italien de Nantes de faire aussi bien que  le Portugais Silvio Conceiçao qui avait redonné beaucoup de dynamisme à une équipe en sommeil depuis bien trop longtemps.

L’autre Garcia est français
Rudi Garcia n’est pas espagnol, il est né à Nemours. Mais il a un profil beaucoup plus épicurien que ses homologues français. Garcia aime le jeu et va pouvoir mettre en place à l’OM son fidèle 4-3-3. Le recrutement marseillais n’est pas tapageur ni bling-bling mais solide (Rami, Luis Gustavo, Germain sont de bons footballeurs). Que vaudra Lyon sans Lacazette ni Tolisso, Rennes où la patte Gourcuff n’a pas fait d’étincelle l’an passé, Bordeaux qui a pratiqué un football trop défensif avec Gourvennec ? On sera assez vite fixé. Pour l’instant, on s’en tient à ses bonnes dispositions initiales.
A promesses de l’aube, feu d’artifice dans 9 mois ? On aimerait.