Multinationales
La folie des grandeurs s’est emparée d’une profession organisée en consortium dont le chiffre d’affaires est exponentielle. S’il est impossible de déterminer précisément la part du gâteau qui s’évapore chaque saison, plusieurs sociétés (Mendes, Raiola, Doyen entre autres) dépassent allègrement les 100 millions de chiffres d’affaires et ne sont plus des PME mais de vraies multinationales avec de redoutables partenaires que sont les avocats fiscalistes, chargés « d’optimiser » l’impôt de leurs clients. (Dédouanons en partie les joueurs qui ne sont même peut-être pas au courant des manœuvres souterraines conçues pour enrichir les paradis fiscaux). Tout ce petit monde oublie quand même qu’à une société qui leur a donné beaucoup, il ne veut rien rendre. Les passionnés moyens achètent des billets pour aller au stade, des abonnements télé pour voir les matches, des maillots pour l’anniversaire du petit dernier. Et ils paient leurs impôts. En retour, ils reçoivent « Football leaks », « Panama papers » et prennent connaissance que le football est une source de profits inaltérable. Dissimulation fiscale, comptes offshores, il n’y a pas de limites pour les fraudeurs. Si la « TPO », ce système qui permettait à des sociétés d’agents ou des fonds d’investissement de posséder des joueurs en nom propre a été aboli, les « Mendes » ou « Doyen » ont trouvé un autre moyen d’accroître leur puissance sur les clubs : leur prêter de l’argent ou arranger leur fin de mois. C’est le cas notamment au Portugal ou pour maintenir leur train de vie, les clubs sont pieds et mains liés et sont devenus les obligés d’agents mastodontes. Pas un joueur ne peut jouer à Porto, par exemple, sans leur aval ou sans qu’ils soient associés au transfert. D’une certaine manière, ils sont partie prenante dans le club, ce qui est rigoureusement interdit mais comme leur nom n’apparaît pas… Ils font et défont pourtant les équipes. En langage peu vertueux, on peut avancer qu’ils agissent selon un principe mafieux : vous avez une faiblesse, ils vous mettent un fil à la patte.
Complicités
La loi de la jungle perdure parce que c’est le cadet des soucis des gouvernants sinon de l’éradiquer, du moins de fixer des règles. Le nouveau président de la FIFA, Gianni Infantino, est obsédé par le marketing et l’argent qui va avec. Instaurer un peu de rigueur, ce n’est pas une priorité. Son mode de fonctionnement n’est d’ailleurs pas bien différent de celui de son funeste prédécesseur Sepp Blatter. Il a mis fin à la « TPO », c’est bien le moins qu’il pouvait faire. Il n’est pas allé plus loin pour assainir le monde si opaque des transferts. On peut regretter que Platini ait été mis sur la touche durablement, son souci du football a souvent été sincère. Les dirigeants de clubs pourraient se manifester et trouver la pilule amère quand ils rémunèrent les agents. Sauf que le système actuel ne les dérange pas tous, au moins ceux qui sont accrocs aux rétro-commissions. Payées en liquide, elles sont quasiment indétectables. Mais lorsqu’un club travaille presque exclusivement avec le même agent, il y a anguille sous roche, les accointances dénotent souvent des intérêts réciproques : je prends ton joueur, tu me donnes une partie de la com. Et c’est ainsi que les clubs se retrouvent parfois avec des joueurs à la réputation surfaite, venus de destinations exotiques et dont la présence n’a aucune justification sportive. Et la sphère médiatique, pourquoi un tel silence devant cette délinquance en col blanc? Elle ferme les yeux parce que la rubrique mercato, très dense les années impaires quand il n’y a pas de compétition internationale, est alimentée par les agents. C’est un jeu de dupes, les informations sont le plus souvent fausses ou tronquées mais elles remplissent le feuilleton estival. Le système tourne en rond, les acteurs s’y retrouvent puisque nous sommes de plus en plus nombreux à « consommer » du football. Qu’importe s’il trône plus sur un château de sable que sur une forteresse, qu’importe si le colosse a des pieds d’argile… Le profit immédiat est un modus vivendi en pleine forme.