Il est unique
On use à tort et à travers de formules éculées. Celle-ci par exemple : « Nul n’est irremplaçable ». Nous lui en préférerons une autre, son exact contraire : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». C’est ce que nous pensons de Marco Verratti : Paris Saint-Germain ne peut pas être le même avec ou sans l’Italien. L’exercice est puéril, on s’y risque quand même : Verratti est le meilleur relayeur du monde – même si sa saison 2016-2017 fut en demi-teinte. Pour convaincre de s’en séparer, France Football dresse un inventaire de successeurs potentiels : Fabinho, Kroos, Modric, Rakitic, Saul Niguez, Vidal, Thiago Alcantara. Pas un ne peut prétendre valoir « petit hibou ». Thiago Alcantara, très bon avec le Bayern, est certes un grand joueur mais qui a un peu de déchet dans son jeu. Modric, milieu formidable du Real est moins fin, moins subtil. Les autres n’ont ni sa maîtrise, ni sa facilité techniques. Au PSG, il est le lien indispensable entre la défense et l’attaque, le chef d’orchestre, celui qui ordonne et oriente le jeu, déstabilise les défenses adverses par ses passes diaboliques ou ses crochets courts. Comme argument, France Football exhibe un immense tableau statistique auquel on n’a rien compris : on est abreuvé de chiffres sur son nombre de buts, de tirs aux buts, d’interceptions, de passes dans ses 30 mètres ou les 30 mètres adverses. L’application OPTA, qui pond des chiffres à tire-larigot, est une tromperie sans limite qui ne peut trouver son utilité que dans des recherches très pointues faites par un entraîneur. Pour le reste, c’est-à-dire le plus important vous l’avez compris, OPTA ne sait pas faire : mesurer la sensibilité, l’intelligence, la clairvoyance n’est pas de son rayon. S’en servir signifie malheureusement que l’on n’a aucune compréhension, aucune capacité d’analyse, que l’on regarde ce jeu si simple et si compliqué comme l’on regarderait les courbes arithmétiques d’un bilan. France Football aurait pu se donner la peine de réfléchir et de se demander pourquoi les statistiques de Xavi, dans la grande période du Barça, étaient mauvaises. En 2010-2011, un but sur coup-franc, une passe décisive. Xavi était alors considéré avec Iniesta comme le meilleur joueur du monde derrière Messi. Il y eut avant Verratti de très grands numéros 8, par exemple Ardiles, Guillou, Scifo, Redondo, Lucho, on en passe et peut-être des meilleurs. Ces magnifiques footballeurs ont eu la chance de ne pas passer sous les fourches caudines et la tyrannie des statistiques. Pourquoi vouloir à tout prix s’épauler de nouvelles technologies quand elles déforment le sens profond du jeu ? France Football, maintenu à bout de bras par le groupe Amaury pour occuper le terrain, a parfois une conception funeste du football quand celle de Verratti est lumineuse. Il se dit qu’il verrait d’un bon œil un transfert à Barcelone. Ce n’est pas du tout la même chose que de vouloir le mettre à la porte. Verratti, on ne le met pas à la porte, on la lui ouvre et on lui fait une haie d’honneur.