Stagnation
Il serait cruel de dire que vous n’avez qu’à nommer Didier Deschamps comme entraîneur et vous aurez un football improbable, décousu, inarticulé. Cruel, peut-être mais faux non. Avec lui, les promesses deviennent des désenchantements, les espoirs des désillusions. Où en est l’équipe de France depuis l’Euro ? Nulle part, elle stagne. Son groupe de qualification pour la Coupe du Monde en Russie aurait dû lui permettre de valider son billet, ce qui lui aurait laissé un an pour approfondir la question, se préparer dans de bonnes conditions, un vrai luxe en somme. La Suède ne casse pas quatre pattes à un canard et les Pays-Bas sont au trente-sixième dessous depuis trois ans. Au lieu de quoi, elle va livrer des matches à couteaux tirés, ce qui est peut-être sa vocation quand on n’arrive pas à faire mieux.
Joueurs remarquables pour collectif invertébré
Parfois, une expression, une animation collectives très soutenues arrivent à compenser un déficit individuel, c’est une des vertus du football. Mais quand vous avez des footballeurs individuellement très au-dessus de la moyenne et que vous n’arrivez pas à mettre en place un tant soit peu de cohérence, d’harmonie et que l’alchimie ne prend pas, alors vous avez failli. Depuis longtemps, la France se cherchait des défenseurs latéraux de valeur, avec Sidibé et Mendy, elle les a trouvés. Bien sûr, ils manquent un peu d’expérience et Sidibé devra s’appliquer à mieux conclure ses méritoires efforts offensifs, mais l’avenir leur appartient. Varane, Koscielny Umtiti prouvent leur fiabilité au ReaL, à Arsenal et à Barcelone, ce qui n’est pas rien. Avec quelques efforts de coordination mais surtout un alignement beaucoup plus haut, l’axe défensif est consistant. L’affaire se gâte au milieu du terrain où l’ossature de Deschamps – Matuidi, Pogba,Kanté,Sissoko – joue une partition avec trop de fausses notes. Il n’y a pas que la sueur, les courses inutiles après des pertes de balle, l’engagement physique. Ce milieu manque de variété, de techniciens, de faiseurs de jeu. C’est un crève-cœur de voir le Sévillan N’Zonzi et le Marseillais Lopez en vacances, Rabiot sur le banc de touche. Lors d’un entretien croisé avec Jean-Claude Suaudeau il y a quelques années dans « France Football » Deschamps avait dit que pour lui, « ce qui était essentiel, c’était les deux surfaces de réparation et que le reste était secondaire ». Au moins, le sélectionneur est en phase avec ce qu’il professe : ce milieu ressemble à un no mans land où la mise en scène est bâclée. Au mois de décembre dernier, alors que nous reprochions à Vincent Duluc, de « l’Equipe » de ne pas valoriser et promouvoir N’Zonzi, il nous avait répondu mot pour mot, comme s’il n’était pas conscient que le ballon allait toujours plus vite que les joueurs : « Il est très intéressant techniquement mais il ne se projette pas comme peuvent le faire Sissoko et Matuidi ». Dans 4 des 36 matches disputés en Liga avec Séville, N’Zonzi a eu 100% de réussite dans ses passes, une statistique ahurissante. Avec un entraîneur sensible au football, la perle de Séville, qui a fait un effort considérable pour le conserver, serait évidemment conviée chez les Bleus. Duluc, qui adore Verratti, devrait faire l’éloge de N’Zonzi et de Lopez, bien en-deçà de l’Italien bien sûr, mais qui officient dans le même registre. On ne comprend pas toujours Duluc … Pour en finir avec le rayon des individualités, si Benzema doit être tricard à vie –quel gâchis pour un si grand joueur !- son remplaçant devrait être Mbappé, qui n’est pas qu’un sprinter mais surtout un bien meilleur footballeur que Giroud, plébiscité par Deschamps et son entourage. Dembélé ne semble pas habiter au même étage que Sissoko, pourtant titularisé en Suède. Bon…tout devrait et pourrait aller bien pour l’équipe de France. Et tout ne va pas bien. Deschamps ne recevra pas les Palmes Académiques de fin de saison.