58 matches, un rythme de forcenés
Pour inquiéter la Juve, disposer de tous ses atouts n’est pas un luxe. Le premier est la fraîcheur. Mais les cadences infernales depuis juillet dernier et le premier tour éliminatoire contre Villareal ont émoussé les Monégasques. Ils n’avaient plus l’allégresse, la prestance, le dynamisme qui leur avaient permis de transpercer les défenses adverses jusqu’alors. Jardim a bien tenté un coup au retour en jouant en 3-5-2 avec Sidibé et Mendy en faux ailiers mais en se privant de Lemar, il affaiblissait l’expression technique de son équipe. Le plan n’a pas très bien marché mais il n’explique pas grand-chose. La vérité est que les joueurs de la Principauté n’ont pu ni à Monaco, ni à Turin mettre en place leur jeu explosif. Pour se mettre à hauteur de cette Juve-là, il aurait fallu livrer deux très grands matches mais, au bout du rouleau, ils n’ont pu que livrer un sympathique baroud d’honneur. Ils méritent les félicitations du jury pour l’ensemble de leur oeuvre spectaculaire.
La Juve, un coffre-fort
Même à 100/% de ses moyens, il est possible que la barre aurait été un peu haute pour Monaco. La Juventus est une forteresse redoutable qui boucle tous les espaces, a une maîtrise, une expérience, une sérénité dans la protection de son camp exceptionnelles. Pour se créer une occasion, il faut une virtuosité technique, un pouvoir de création que n’avaient pas les Monégasques. La “meute”, grégaire et pavlovienne, a crié au génie après la rencontre. C’est un jugement très osé et outrancier qui mériterait beaucoup de pondération. On ne saurait évoquer le génie quand votre préoccupation prioritaire est de boucler l’accès de votre but avec un trio de défenseurs centraux qui, pour être d’une efficacité redoutable, n’apportent pas grand-chose au jeu et restent figés trente mètres devant Buffon. Ce sont des “ouvriers” d’élite mais ils n’éclairent pas le jeu de football comme peut le faire une très grande équipe. Bien sûr, il y a des artistes à la Juve (Dani Alves, Pjanic, Dybala) mais ce n’est pas suffisant pour qu’on se prenne de passion pour un équipe dont la nature n’est pas un hymne au plaisir. On a connu certes des Juve beaucoup plus barbantes et même parfois barbares, ce cru 2017 est un bon cru ; il ne nous grise pas jusqu’à l’ivresse.