Zidane, la bonne étoile
Zinédine Zidane partage pas mal de choses avec Didier Deschamps : la Coupe du Monde de football, bien sûr mais aussi un certain “simplisme” tactique, ni l’un ni l’autre ne s’aventure sur le terrain de la recherche ou de l’innovation. Ils sont tous les deux du genre pragmatique, à ceci près toutefois que le pragmatisme de Zidane est celui d’un épicurien quand celui de Deschamps serait plutôt janséniste, ce qui change beaucoup de choses. Leur point commun principal est d’être né sous une bonne étoile.
Celle de Zidane a pris le visage d’un arbitrage très favorable. Car sans plusieurs erreurs de jugement de monsieur Kassai, est-ce que le Real serait sorti vainqueur d’une double confrontation qui, à défaut d’être toujours académique, fut une ode au jeu d’attaque au spectacle échevelé, intense, excitant? A l’image de Monaco, le Real est une redoutable machine à contrer. Les Madrilènes sont experts dans l’art de se projeter très vite à l’attaque à la récupération du ballon. Les deux latéraux jouent un rôle essentiel dans leur rapidité à se muer en ailiers. Si à droite Carvajal est une belle révélation, à gauche Marcelo confirme qu’il est bien le très digne héritier de Roberto Carlos, sa frénésie offensive est identique. Si Kroos et surtout Modric sont deux métronomes au milieu, Benzema, par la qualité de ses déplacements, de ses fausses pistes qui créent des espaces, de ses passes et de ses déviations toujours justes, est un indispensable complément à Ronaldo, réfractaire au moindre effort mais extraordinaire buteur. On a peut-être connu dans le passé des Real plus puristes que celui-ci mais rarement aussi enthousiastes, déterminés, fougueux. Le Bayern, magnifique vaincu au jeu collectif mieux élaboré, a baissé les armes en prolongations. A 10, la lutte était devenue inégale. Il fallait un vainqueur et en ce moment, c’est toujours le Real qui gagne à pile ou face, car il s’agissait bien de ça quand deux adversaires se rendent équitablement coup sur coup.
Oui, Deschamps, Zidane sont pareillement imprégnés d’une bonne fortune.
Les Anglais au tapis

Peut-être le Real devra-t-il se coltiner à son voisin de l’Atletico qui a envoyé au tapis le seul club anglais encore valide, Leicester. Après Tottenham sorti en phases de poule, Arsenal et Manchester City en huitièmes, les champions d’Angleterre ont été impuissants à faire trembler les impavides coéquipiers de Griezmann. Pour la cinquième saison consécutive, il n’y aura pas de représentant anglais en demi-finale. Une fois, deux fois, ça peut être le hasard, des coups du sort malheureux, mais cinq fois, non, c’est la preuve que le football anglais est le plus surfait au monde. La France déroule le tapis rouge devant ce client très généreux qui jette de la poudre aux yeux en exhibant pompeusement ses milliards mais s’effondre devant le premier Espagnol venu. L’expression n’est pas très heureuse s’agissant de l’Atletico qui n’est pas le premier venu, non, plutôt un briseur de jeu et de rêves. On aimera probablement moins un éventuel Real-Atletico qu’on a aimé ce Real-Bayern, un affrontement somme toute très haut en couleurs. C’eût été une belle finale…Dommage, en coupe il n’y a jamais de place pour deux.