Un joli mouvement de joie

Ah, ce vent de fraicheur ! Des joueurs jeunes, assez peu connus du grand public, y compris de leurs adversaires ! Un club dont l’équipe s’est largement remaniée depuis son ¼ de 2015 ! De l’allant dans le jeu ! Des filets qui tremblent ! L’opposition rêvée face à un Guardiola fidèle à ses principes offensifs ! City-ASM, l’affiche qu’on n’attendait pas, et qui livre un spectacle de haut vol, une double confrontation riche en buts, en suspense, en tendances inversées et dont le résultat n’est pas sans une portée surprenante ! Certes, Monaco avait déjà surpris Arsenal il y a deux ans et perdu d’un cheveu contre la Juventus. Mais enfin, ce n’était pas la même équipe. Lemar, Bakayoko, Mendy, Fabinho, Mbappé et d’autres n’étaient pas là, qui sont les Princes du jour ! Alors oui, la surprise est bien là, ce n’est pas comme si le collectif d’il y a deux ans avait mûri au secret de la Turbie !

On a pris son pied tout au long de 180 minutes qui sont passées à la vitesse éclair ! Qui n’ont pas été assez longues ! Dont on voudrait déjà revivre le sel et le sucre au tour prochain !

On ne se lasse pas du plaisir.

On peut même être en plein dans le mythe : tous ceux qui ne sont pas prêts à débourser chaque mois leur écot aux abonnements télévisuels ni disponibles pour courir les bistrots ont vécu ça « à l’ancienne », l’écrit et l’oral convoqués pour suivre le jeu ! Mbappé figure une intrigue et provoque l’impatience ! Vite, un match de l’équipe de France (où le voilà convoqué par Didier Deschamps) diffusé en clair pour le découvrir ! On voudrait encore voir évoluer ce milieu de terrain qui paraît aussi athlétique que technique ! On brasse du rêve.

On croirait revivre l’éclosion de l’Ajax génération 1995 avec Kluivert ! On se croirait à nouveau devant le Nigéria des JO de 1996 et son génial Kanu ! C’est dire l’excitation…

On rêve déjà des joutes qui s’ouvrent, celles de cette fin d’année, celles de l’année prochaine !

Mais, on retombe sur Terre.

 

Une logique de caviste  

Des joutes qui s’ouvrent, passés les matchs de fin d’année, il sera surtout question de flux, de stocks, de valeurs marchandes, d’actifs et autres placements.

Léonardo Jardim, volontaire entraîneur d’une formation bâtie pour « renverser le Rocher », composera l’année prochaine avec un effectif dont la géométrie rappellera sans doute fort peu celle des heures glorieuses de ce printemps naissant.

Ainsi va la logique monégasque. Former des pépites ou les acheter ailleurs à peine mûres, les couver, les faire éclore, les mettre en valeur avec temps de jeu et bel encadrement sportif. Puis céder avec une recherche de plus-value générale. Comme on fait vieillir le vin qui prend de la valeur avec l’âge, l’ASM parie sur cette logique de bonne cave et la montée des enchères de ses joueurs sur le marché des transferts.

Le trésorier a des sueurs froides quand il débourse 10 millions d’€ ; il est tout excité quand il empoche, pour la vente du même joueur, un chèque de 20 ! Quel actif est en mesure de gagner 50% de sa valeur en 2 à 3 ans ?

Ainsi va la logique monégasque, réponse futée qui ne dépareille pas dans le foot actuel. Pensez à l’OL d’Aulas qui organise des conférences de presse destinées à informer les actionnaires de la bonne santé du portefeuille des joueurs prêts à la vente ! On est loin des esclaves du contrat à temps, et les joueurs ne sont pas sans profiter grassement de l’accumulation des zéros avant le sigle monétaire « € », mais on a la sourde impression que la Bourse s’est plus qu’invitée sur le rectangle vert et qu’elle en fait largement palpiter le cœur… et les finalités !

 

L’ASM, une jonquille !

C’est l’autre lecture qu’on peut avoir du résultat des huitièmes de finale de la Champions League, une lecture des cours des valeurs financières des joueurs.

Paris s’est forcément dit que ça n’était pas l’année idéale pour se séparer de Rabiot ou Verratti qui sont passés à côté du retour face au Barça, leur valeur n’en sort pas consolidée. La direction monégasque a elle surement imaginé les négociations qui s’annoncent après de tels exploits ! Mbappé qui brille davantage que Messi au même âge… ça vaut bien de se lever de son siège sur les buts à l’aller et au retour ! Quel élan de joie quand les ressorts sont doublés : la qualif et…les pépètes ! Goooal !

Voici le drôle de goût : l’ASM vient de renverser City dans la joie d’un jeu tourné vers le but adverse, et le cynisme ne s’en laisse pas compter. Passé l’euphorie du match et de son résultat, quand viennent plus calmes les minutes où la raison offre un peu de recul et donne à voir l’ensemble de la situation… c’est une belle équipe qu’on regarde, mais on ne la verra pas grandir.

Lors de l’Euro 2008, un website suisse nommé Subfoot avait détourné la chose et jouer à Wall Street en produisant une cotation évolutive d’un groupe de joueurs tout au long de la compétition. C’était il y a presque dix ans. Ce qui avait encore les contours d’un esprit guignol ne va sans doute pas tarder à se concrétiser pour de bon. Bientôt, une application de Transfertmarkt1 avec remise à jour hebdomadaire ?

On ne verra pas vieillir l’ASM de Silva.

Cette équipe, c’est le printemps. Comme les jonquilles qui sont là quinze jours, elle est éphémère sous nos yeux ravis des belles choses. Elle en est sûrement plus belle. Mais ça n’enlève pas une petite note d’amertume.

Pour éviter de rester cynique trop longtemps, on se rappellera que l’amertume peut être savoureuse. Vite, une bière ! Après tout, c’est le printemps… Et l’amateur de foot a toute raison d’apprécier ce positionnement stratégique : le plaisir est chose simple.

 

1 : Transfermarkt est un portail web allemand qui propose, entre autres, une estimation de la valeur marchande des effectifs – http://www.transfermarkt.de/