Al-Khelaïfi sur la sellette
Le président parisien doit être dans ses petits souliers. Il avait tremblé l’an passé après l’élimination contre Manchester City. Il avait dû trancher la tête de Laurent Blanc pour sauver la sienne. Il est très proche du prince règnant du Qatar, Thamin Al-Thaïni, avec qui il était à l’université, il lui a même appris à jouer au tennis, dit-on. Mais le Qatar veut montrer sa puissance dans le football alors qu’il organisera -sauf revirement de situation- la Coupe du Monde 2022. Et les amitiés résistent souvent mal à une accumulation de déceptions. Al Khelaïfi a de multiples occupations (présidence de la Fédération de tennis qatarienne, chaîne de télévision Al-Jaïzira) et le football n’est pas sa passion première. Ses décisions sont parfois surprenantes : ainsi Unaï Emery a été recruté comme entraîneur en 24 heures, sitôt Blanc licencié -grossière erreur car il avait globalement réussi à donner un style à son équipe et la défaite en Angleterre ne méritait pas l’échafaud. C’est Al-Khelaïfi qui, seul, a traité le dossier Emery. Ses compétences en football le lui permettaient-elles? Connaissait-il l’existence de Jorge Sampaoli, de Lucien Favre qui étaient libres? L’entraîneur espagnol a été incapable de donner une identité à son équipe avec des joueurs qui visiblement ne comprenaient pas ce qu’il voulait. C’est pourtant assez simple : lorsque vous avez des footballeurs de la qualité technique de Verratti, Pastore, Ben Arfa, Rabiot, opter pour un jeu de possession et d’accélérations ne paraît pas sorcier. Ca l’était pour Emery qui voulait de la percussion, de la verticalité, de l’intensité, en quelque sorte l’art de compliquer quand c’est limpide. Il semble, selon les échotiers du PSG, que Thiago Silva ait validé depuis le début de la saison l’idée d’un bloc bas. Le capitaine parisien a beaucoup de qualités mais un défaut : sa lenteur de course. De crainte d’être pris de vitesse, pour son confort personnel, il aurait adhéré à cette notion d’alignement bas. C’est une thèse plausible.
La peur n’évite pas le danger
Le match du Camp Nou, depuis mercredi soir, passe en boucle sur Be InSport. Il est utile de le revoir pour mesurer combien le PSG fut d’une nervosité, d’une fébrilité presque maladives. Non seulement la trouille n’évite pas le danger, elle le provoque. L’état de panique amena les parisiens à n’envisager qu’une chose : dégager le plus loin possible pour se donner de l’air. Ils campèrent souvent à dix dans leur surface et le ballon leur brûlait les pieds. On veut bien accepter que lorsqu’on va jouer à Barcelone avec 4 buts d’avance on prenne quelques précautions mais insulter le jeu n’était rien moins qu’un suicide. Le Barça aurait été incapable de presser comme il l’a fait pendant 90 minutes sans l’autorisation de leurs adversaires qui attaquaient à deux quand dès lors qu’ils récupéraient le ballon. C’est une faillite invraisemblable qui implique directement Emery d’autant que le Barça, contrairement à ce que le score pourrait laisser supposer, n’était pas transcendant.
Obsession fatale
Lorsque le Qatar a racheté le PSG en 2011, Al-Khelaïfi a clamé sur tous les fronts : “On se donne cinq ans pour gagner la Champions League”. Claironner ainsi, c’est ignorer les subtilités et les caprices du football qui ne raisonne pas en terme de business-plan. La Champions League ne s’offre qua rarement au premier nouveau riche venu, on ne peut pas la programmer. A l’exception de Chelsea en 2012, qui l’a brandie miraculeusement quand ses adversaires s’amusaient à rater des pénaltys, la Coupe se donne à des clubs qui ont pris le temps de se construire un passé, une culture, une mémoire. Etre obsédé est un sentiment fatal. L’apprentissage de la modestie est sûrement plus propice à la réussite que de demander au préfet de police de Paris, comme l’ont fait les dirigeants parisiens, de prévoir de libérer les Champs Elysées le 3 juin, date de la finale de l’épreuve, pour défiler en grande pompe. La seule question qui vaille maintenant serait celle-ci : comment mieux jouer pour aller au bout? Elle sera remplacée par celle-ci : combien faut-il dépenser pour s’approprier le trophée? Dès le mois prochain, passée la gueule de bois, on va parler de transferts, de millions et on oubliera l’essentiel: le jeu. Emery et le jeu, est-ce vraiment compatible?