Une leçon tactique
A un moment d’invraisemblance, les considérations technicos-tactiques sont plus ou moins cannibalisées par la folie, la démesure d’une partie. Il n’empêche que le Barça a réalisé un match tactique exceptionnel, un match que doivent voir et revoir en urgence tous les techniciens français qui raffolent des systèmes restrictifs, des tacles, des sentinelles. On nous avait ressassé que le PSG allait profiter de la lenteur de Piqué et de Mascherano pour avoir des espaces. Bien aidé par Umtiti, ils ont livré une prestation formidable d’intelligence et d’anticipation dans un 3-4-3 taillé pour la grande aventure. Le pressing espagnol étouffant fut une démonstration de ce que le jeu défensif peut contenir de virtuosité. C’est grâce à ce chef d’oeuvre de placement et de maîtrise de l’espace que le Barça a pu accomplir l’impossible et paralyser des Parisiens tétanisés. L’exploit est d’autant plus invraisemblable que les Catalans n’ont même pas réussi un très grand match comme ils ont pu en faire contre le Real sous le règne de Guardiola. Il est vrai qu’à l’époque, les récitals de Messi étaient époustouflants. Hier soir, le meilleur joueur du monde a été quelconque et l’expression collective offensive du Barça n’était pas franchement aussi envoûtante qu’elle a pu l’être au début de la décennie.
La responsabilité d’Emery
Si, à l’issue du match aller époustouflant du PSG, on avait modéré l’opinion négative qu’on avait sur Emery, on ne va pas se gêner pour répéter qu’il n’était pas l’entraîneur adéquat pour diriger le club de la capitale. Une image furtive montrait avant le match son visage livide, presque décomposé. Il était mort de trouille et le dispositif des Parisiens validait une peur irrationnelle. On a vu dès l’entame de match que Thiago Silva et ses partenaires n’allaient jouer que pour protéger leur camp. La défense était alignée 15 mètres devant Trapp et n’a pas bougé de la rencontre alors même qu’à 3-1, un coup d’accélérateur aurait fait vaciller le Barça, atteint mentalement par la réduction du score qui aurait dû marquer la fin de son rêve. Au lieu de quoi ils n’ont jamais osé, comme si se cantonner dans sa surface était un gage de sécurité quand ce n’est qu’une certitude de concéder coups-francs et pénaltys. En refusant totalement le jeu, ils ont facilité les desseins du Barça. Paniqués, la foudre leur est tombée sur la tête; on connaît la suite et les buts qui s’enfilent comme des perles. Une défaite en football n’est pas une humiliation, elle ne l’est que lorsqu’on a trahi le jeu. Si le Barça a joué un match tactiquement parfait, il le doit aussi au renoncement parisien.
Dans le bêtisier du foot français, si le 17 novembre 1993 et la défaite de l’équipe de France au Parc des Princes en éliminatoires de la Coupe du Monde contre la Bulgarie tient le pompon, l’élimination parisienne peut briguer la médaille d’argent.