Quand arrive le printemps, le football retombe en enfance  : il distribue ses bons points aux bons élèves et ses mauvais aux mauvais élèves. La loi sportive est plus sévère encore, puisque les «  cancres  » n’ont pas le droit de redoubler. Deux clubs qui appartiennent au patrimoine du foot français, tous les deux d’essence populaire, ont eu des destins contrariés  : Lens, lanterne rouge de Ligue 1, et le Red Star, champion de National, devraient se croiser la saison prochaine en Ligue 2

Lens, la descente aux enfers
Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéïenne  : en 1998, autant dire une éternité, le RC Lens était champion de France. C’était encore le temps d’un football à visage humain où l’on pouvait renverser des montagnes avec de l’enthousiasme, de l’envie, de la volonté. Le président Gervais Martel était aux anges, triomphant sur les marches de l’Hôtel de Ville. Le peuple du Nord vivait passionnément le football comme dérivatif à la crise sociale. Le foot business est entré dans la danse et Lens n’a pas pu suivre. Peut-être mal entouré, Martel n’a pas fait que des choix heureux, il a convoqué Guy Roux et Jean-Pierre Papin pour remettre sur ses rails un train qui déraillait mais les choses n’ont pas fonctionné comme il voulait. A force de faire l’ascenseur entre les deux divisions, Lens a eu le vertige. Pour maintenir le cap, le groupe Martel (hôtels, golfs) a tout hypothéqué et tout perdu. Une rencontre fortuite sur la Côte d’Azur en 2013 va sauver le club du dépôt de bilan  : Hafiz Mammadou, nabab d’Azerbaïdjan qui dirige une holding spécialisée dans l’exploitation des hydrocarbures, se lie d’amitié avec le président lensois et injecte une vingtaine de millions d’Euros dans un club dont il devient le président en haranguant la foule lors de son unique visite au stade  :  «  Je vous le promets, Lens va devenir la plus grande équipe de monde  ». Il y a loin de la coupe aux lèvres  : le condottiere était un colosse aux pieds d’argile. Il devient il y  un an paria d’un régime dont il était l’éminent représentant, pas peu fier d’être le sponsor d’un RC Lens arborant sur son maillot  :  «  Azerbaïdjan, Land of fire  ». Mammadov ne peut plus régler les échéances, Lens est interdit de recrutement et vient de jouer une mortelle saison, sanctionnée par une fatale 20ème place. Antoine Kombouaré, qui n’est pas le plus mauvais entraîneur du monde – pas le meilleur non plus – ne pouvait être qu’impuissant face au désastre annoncé d’une équipe très faible. Lens est au bord du précipice, ne peut plus régler ses fins de mois et n’a pas de plans de sauvetage. Il a le vague soutien de François Hollande…est-ce que cela sera suffisant pour que la Ligue soit plus conciliante qu’avec Luzenac l’été dernier, si injustement refoulé de la Ligue 2 pour d’obscures raisons administratives  ? N’y aura-t-il pas une main charitable pour sauver un club dont la disparition – ne serait-ce que momentanée – causerait un vide dans l’univers du foot français  ?

Le Red Star tel un phénix , par Jean-Michel Sol
Si Lens pleure, le Red Star affiche un grand sourire, heureux de retrouver la Ligue 2. Ce n’est pas de la flagornerie de dire que le Red Star est un club de légende et son stade Bauer un sanctuaire, enraciné depuis 1906 au cœur de Saint-Ouen, un club dont l’un des plus fidèles supporters, Jean-Michel Sol, également vieil ami du «  Miroir  » est le mieux placé pour en parler  :  «  Samedi soir, il y avait un vrai parfum de fête. L’esprit du club a été préservé par le  président Haddad. Il a su faire une bonne alchimie entre de jeunes joueurs talentueux et d’autres en fin de carrière qui ont adhéré au projet. La cohésion d’un collectif et l’épanouissement individuel de chacun ont été respectés. Le public était ravi, lui qui a été si longtemps privé de beau ballon, certains coachs ayant plus assimilé le catenaccio d’Herrera que le jeu de Guardiola. Maintenant, le Red Star doit se montrer digne d’un club qui a accueilli Aston, Dalla Ciecca, Gondet, Simon, Combin, Magnusson. Des perles de souvenir ont coulé dans les travées. A terme, il va y avoir un nouveau stade, gageons qu’il n’étouffe pas l’atmosphère Bauer  ».

Jean-Michel Sol est un fidèle parmi les fidèles du Miroir du Football.

Il a été formé à Neuilly sur Marne par le regretté Maurice Ragoneau (se rappeler le carnet du jeune footballeur du Miroir) et a ensuite joué à Espoir FC, club du Samedi qui jouait avec les idées du Miroir.

Neuilly sur Marne 1968/69, article du Miroir

Neuilly sur Marne 1968/69, article du Miroir